Archive for mai, 2008
Texte écrit dans le cadre d’une semaine à thème « Mai 68 on s’en fout », parce qu’on en a marre de s’en faire rebattre les oreilles.
La chaleur était étouffante…
Sa tête menaçait d’exploser tant elle pulsait.
Un peu de fraîcheur, voilà ce qu’il lui fallait, dormir près de la fontaine, ou bien partir, aller passer quelques jours près de la mer et profiter du vent plus frais.
Un bruit de sandales qui claquaient sur les dalles en marbre le tira de ses pensées.
- « Le chef de la garde demande à vous parler, ô préfet.(1) »
- « Faites le entrer. »
Encore un trouble quelconque en ville, Dieux comme il pouvait haïr ces juifs rebelles, et comme lui manquait le Palatin.
- « Alors, que se passe-t-il encore ? »
- « Nous sommes en mai, ô préfet, les catholiques se sont encore rassemblés. Quels sont les ordres ? »
Le préfet eut un sourire… Les catholiques…
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Mathieu jeta quelques coups d’œil furtifs autour de lui. Encore une fois l’anniversaire de l’ascension de Jésus allait pouvoir être célébrée en cachette, à une demi-heure à peine de Jérusalem, et ce n’était pas lui qui allait se laisser choper par les gardes prétoriens et lâcher le morceau. Surtout pas après tous les efforts qu’ils avaient fait.
La communication déjà sur l’évènement était très ardue : tout reposait sur le bouche à oreille, et sur la distribution discrète de papyrus (3), de velins (4) et de plaquettes de marbre (5) dans la rue. Ils avaient du garder secret l’emplacement jusqu’au dernier moment, pour ne pas que les gardes puissent l’apprendre en avance et organiser une embuscade. Heureusement que ça se faisait toujours au même endroit depuis 5 ans que l’évènement était organisé, sinon on aurait pu perdre des gens.
5 ans… les chiffres ronds c’est toujours classe, et là en plus ça faisait le 35ème anniversaire de l’ascension… Un véritable évènement, pour lequel les organisateurs avaient décidé d’ouvrir un peu plus le festival. Bien que toujours dédié à Jésus, il porterait un nom plus discret : « Mai 68 ». Pour attirer de potentiels fidèles d’autres religions, on avait fait venir du beau monde : des griots d’Afrique, des aèdes (2) de Grèce, quelques bardes venus de loin à l’ouest… De toutes façons ces gens en payant l’entrée finançait les actions au nom de Jésus, pas besoin qu’ils soient tous croyants finalement, enfin pas en entrant du moins.
Tout était également prévu pour la restauration. Mathieu était très fier, c’est lui qui avait eu l’idée des petits pains saucisse (6). La difficulté venait de ce que l’esclave gaulois qui leur avait expliqué comment faire les saucisses n’avait pas expliqué où trouver du porc en Judée, ils avaient donc du se contenter de saucisses casher à la volaille (9), mais c’était déjà suffisamment provocateur pour qu’ils soient assuré d’une bonne publicité auprès des jeunes (7). Pour la boisson c’est Jean qui avait eu l’idée de renommer la cervoise qu’il faisait importer : 33, comme l’âge du Christ, un coup de génie commercial.
Il savait que ça marcherait, ils étaient prêts à reprendre ce pays, à montrer la Vérité à tous, et ce festival était leur fer de lance. Ce cocktail de provocation, de musique, de nourriture mangée dans une bonne ambiance et du petit frisson de la peur des gardes… Ça ne pouvait que réussir.
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Le préfet les aimait bien les catholiques : ils passaient leur temps à emmerder les juifs. Et au moins on savait chez qui taper quand Rome réclamait des en-cas pour les lions.
- « Laissez les tranquilles. Quelques rêveurs qui croient refaire le monde en se rappelant d’une révolution manquée, alors que la foule a voté en masse pour l’ordre et la sécurité…(10) Ils n’iront pas loin. Franchement leur « Mai 68 » on s’en fout. »
(1) Si vous avez l’impression que les domestiques parlent comme dans Astérix vous n’avez pas tort, mais qui était là pour me prouver qu’on ne parlait pas comme ça, hein ?
(2) Tous aveugles bizarrement… Curieux comme ces gens suivent des modes datant de plus de mille ans, il était temps de se mettre au goût du jour enfin ! Mais bon, si ça plaisait au public…
(3) Pour les égyptiens.
(4) Quand ils en trouvaient.
(5) Pour les quartiers chics, parce que ça en jette.
(6) Ca commence pas à vous fatiguer ces notes en bas de pages ? Moi perso ça me saoule.(8)
(7) Une étude marketing avait montré que c’était la cible prioritaire à atteindre.
(8) D’où vengeance.
(9) Plus petites étant donné les dimensions des boyaux de volaille.
(10) Vous saviez que la chanson des supporters bordelais se chantait sur l’air d’Hexagone ? Moi j’trouve ça drôle, pas vous ? Ah bon…
J’ai tout de suite su que notre relation serait passionnelle. Je sortais de boîte quand elle m’a attrapé. Dès le premier contact j’ai senti que je m’embrasais. Je ressens encore le doux contact de ses lèvres sur moi, sa douce respiration, ces petits instants volés à l’éternité que nous avons passé ensemble, pendant lesquel le temps était suspendu. Entièrement à elle, je voyais le reste du monde comme flou, à travers un nuage. Mon amour m’a entièrement consummé.
Et puis tout s’est terminé aussi vite que ça a commencé, quand elle n’a plus rien trouvé à tirer de moi elle m’a jeté, comme ça, écrasé du talon, abandonné sur le trottoir aux outrages du temps et des chiens de Paris… Je ne comprend pas pourquoi elle m’a brisé comme ça, mais je ne regrette rien. Ma vie de cigarette aura été courte mais intense, je peux rejoindre heureux le Grand Caniveau qui nous accueille tous et dire fièrement : « j’ai connu l’Amour. »
