Archive for août, 2008
Bon, quelque part on a tous rêvé un jour de nous échouer sur une île déserte, seul avec une espèce de star du porno blonde à forte poitrine (1), et de se dire qu’on l’a rien que pour soi. Du point de vue purement fantasme, rien à redire, mais le jour où ça arrive… Ca peut être mois bien que ce que vous aviez imaginé. Illustrons ce propos par l’exemple d’un type qui a eu cette déveine, appelons le… mettons Robinson tiens. Il s’est retrouvé seul survivant d’un naufrage avec la belle… hmmm… Svetlana. Ils sont échoués sur une île super déserte que personne n’a jamais trouvé, même les satellites ils l’ont zappée, mais elle est assez grande pour qu’on y trouve plein à bouffer et de quoi faire une super belle hutte en bambou et en feuilles de palmier (2).
Au début tout se passe bien, c’est chaud sous les cocotiers, soirées coquines sur les plages de sable blanc, couchers de soleil pas romantiques parce qu’ils ont mieux à faire, bref, maximum bamboula. Mais s’ils se sont échoués, on peut supposer que Svetlana n’a pas emmené avec elle sa pilule, ni Robinson ses préservatifs, donc au bout d’un moment (le 6e mois en général), il faut arrêter les galipettes et préparer la venue du môme. Ce qui signifie agrandir la hutte, lui faire un joli petit berceau avec des mignonnes décorations en dentelle de feuille de palmier, et surtout retrouver un boulot viable pour assurer un avenir économique serein et une stabilité financière propice à l’élevage d’un mioche (3).
Il va donc lui falloir bâtir un enclos pour cette saloperie de chèvre qui le nargue depuis son arrivée sur l’île en venant bêler sous son nez et en le regardant de haut depuis son promontoire rocheux. Ca va demander au passage de trouver un moyen de la piéger dans l’enclos, parce qu’elle est maligne la bougresse. Il va aussi falloir débroussailler un peu sous ces cocotiers qui le fournissent en fruits. Trouver un moyen d’empêcher ces saloperies de crabes de monter sur les troncs pour le bombarder à l’improviste de noix de coco sous le prétexte fallacieux que sa tête est plus dure que la plage et marche mieux pour casser les noix de coco (4). Enfin il va falloir trouver un moyen de faire des colles végétales plus solides pour fabriquer des outils ménagers, et pour que la pelle ne casse pas à chaque fois qu’il essaye de vider les toilettes sèches (5).
Après des journées comme ça, on comprend bien qu’il ait besoin d’un petit verre de lait de coco fermenté, histoire de se remonter le moral. Il n’a pas de gnou sur l’île, mais sûrement que pour faire illusion il pourrait utiliser un peu de pisse de chèvre pour donner du gout à son breuvage… Mais en rentrant à la maison, cassé par sa longue journée, ça va être le début des récriminations : « Ah ! Mais tu pues encore l’alcool et la chèvre ! A croire que tu préfères ton boulot et tes bouteilles à moi ! Tu n’a qu’à aller vivre avec ta chèvre si elle te plaît tant que ça ! Tu n’es qu’un raté ! Ah, j’aurais du écouter ma pauvre mère ! Tiens c’est malin, tu as encore réveillé Kévin ! Sors donc les poubelles au lieu de rester planté là ! »
Robinson va donc devoir sortir à nouveau, fuir la colère de sa mégère et jeter les poubelles, faire le tour des plages de l’île pour relever le courrier : en général les messages dans les bouteilles ne lui sont pas destinés, mais d’une part ces bouteilles sont bien pratiques pour recueillir son alcool de coco, et d’autre part il peut réutiliser le papier du message d’appel au secours pour envoyer lui-même un message qui sera lu par le naufragé de l’île suivante (6). Il a déjà pu constater que certains messages faisaient un cycle complet et revenaient après deux ou trois mois. Ça brise la monotonie, et c’est rigolo de voir ce que les autres ont écrit, le truc c’est que c’est un peu long. Alors ça irait sûrement plus vite en envoyant les messages à dos de poisson voyageur ou de crabe, mais outre le manque de fiabilité d’un poisson dont on ne sait pas trop où il va par rapport à un courant qui lui fait toujours la même chose (7), le problème c’est quand même que le message serait trop mouillé pour être lisible à l’arrivée. Sinon on pourrait mettre le message dans une noix de coco et le confier à une hir… non, oubliez ça, c’est stupide.
Après quelques années de ce régime, avec en plus les réveils la nuit parce que Kévin a faim, parce que Kévin fait ses dents, les caprices du môme (« Taille moi un mouton en bois brut ! »), les seins de sa mère qui commencent à tomber, le fait que les vêtements en poil de chèvre ça gratte gavé, la disparition mystérieuse de tout son stock d’alcool de coco tandis que Kévin semble souvent un peu patraque ces derniers temps, l’installation d’une tribu de cannibales végétariens à l’autre bout de l’île et de toute une flopée de désagréments divers et variés, vous pourrez comprendre que Robinson en a eu marre et s’est senti obligé de se faire une pirogue monoplace et de plaquer Svetlana pour tenter de rejoindre une île un peu plus calme. Voila pourquoi certains fantasmes ne doivent jamais se réaliser (8).
(1) Pour les filles (ou les gays) vous n’avez qu’à mettre Brad Pitt à la place, on ne vous en voudra pas.
(2) Fallait mieux choisir le fantasme si vous vouliez un truc plus réaliste comme par exemple une navette spatiale en apesanteur perdue dans l’espace avec assez de bouffe en pilule pour 10 générations et un appareil qui génère de l’eau et de l’oxygène à partir du vide.
(3) Je ne parle même pas de ce qui est de la réservation d’un lit à la maternité et des rendez vous avec le gynéco et la sage-femme, vous aurez compris que ça relève de l’utopie, je vous félicite d’ailleurs de ce début de sagacité.
(4) Enfin on le suppose hein, allez parler avec un crabe… Ils sont trop pincés pour nous adresser la parole, sales snobs !
(5) Svetlana refuse de faire ses besoins dans la mer la nuit et pendant ses périodes de règles. Elle prétend que ça attire les requins. C’est bien les nanas ça, toujours à chipoter pour un rien…
(6) Ou en profiter pour leur demander des conseils sur la gestion de son couple dans cette zone reculée. Les iliens trouvent des façons originales de réinventer les forums d’aide.
(7) Si vous doutez de la crédibilité du courant qui fait le tour de quelques îles à peine, voir (2)
(8) Tu as bien compris Gima ? Oublie cette idée de gode-ceinture…
Comme bien souvent, toute cette histoire a commencé autour d’un verre. En l’occurrence dans « le Troll », le rade de Patrick dit « le gaulois », qui accueille régulièrement une jeunesse parisienne qui se bat à coups de cailloux sur des planches et qui commande suffisamment de bières pour faire vivre le bar. C’est sur une table à l’extérieur que nous buvions, Anankè, Gima, Francis et moi. La discussion était animée :
Francis : « Attends, c’est mon métier, je sais quand même bien à quoi ressemble un dauphin ! »
Gima : « Mais si, je te dis qu’on en voit. Ils ne sont pas tous comme ça, mais il y en a. »
Francis : « Mais enfin, rouge avec des pois noirs, ça peut pas être un dauphin, un dauphin c’est bleu. »
Anankè : « Genre parce que t’as disséqué une fois un marsouin tu sais qu’aucun dauphin n’est rouge à pois noir ? Genre. »
Gima : « Ouais, prouve ce que tu dis ! »
Francis : « Bah faudrait aller à la mer et je vous le prouve. »
Gima : « T’as pas un manoir de famille en Bretagne toi ? »
Anankè : « Oh ouais, genre des vacances à Bréhat. »
Francis : « Euh… Oui, mais c’est dangereux parce qu’il y a… euh… (il lève la tête) des trolls. Oui, c’est ça, des trolls là bas.»
Gima : « Oh ! Ca va être chouette ! Eh, Dominochou, on y va ? Hein dis, on y va ? Hein ? Dis oui ! Dis oui ! »
Donio : « Euh… Bin ouais, s’tu veux. »
Anankè : « Et pour les trolls, je vais demander conseil à Mezcal et Sayya, ils sauront quoi faire. »
C’est ainsi qu’Anankè partit en éclaireuse solliciter les conseils du vieux sage gnou et de sa muse, tandis que Gima, Francis et moi fignolions les préparatifs de départ et embouteillions la PDG pour le trajet. Il était prévu de faire escale à St Pierre des Corps pour récupérer la quatrième comparse, effectuer quelques libations en compagnie du grand enservietté et de faire une visite à notre dame de Cassinéa pour qu’elle bénisse le voyage.
Sur place, Mezcal prévoyant avait décidé de ne prendre aucun risque pour la suite du voyage, et de nous à une rencontre éventuelle avec des trolls : il avait invité AtHaBaSkA, grand maître du krav-maga, pour nous prodiguer une initiation complète en accéléré. Le mélange PDG-Vouvray et quelques incohérences temporelles du récit nous ont donc permis de maîtriser rapidement les bases de cette technique. Mais attention : cet apprentissage ne durerait que jusqu’au lundi 14 juillet minuit, à la première seconde de mardi 15 tous nos souvenirs du krav-maga seraient perdus ! (D’ailleurs je ne me souviens de rien de ce qui a pu se passer au cours de cette soirée.)
Le vendredi matin, nous partons donc pour Tours. Maître AtHa nous accompagna jusqu’au sanctuaire sacré où se reposait Cassinéa. Le rituel d’entrée dans le sanctuaire était très strict : ablutions nombreuses, purification, port de vêtements rituels et de coiffes appropriées… Un détail important à noter malgré tout : les prêtres de ce temple n’ont pas de pied frontal, et ne comprennent donc pas que l’on tente de mettre un chausson sur sa tête. A la place ils nous offrent de vulgaires charlottes, dont moi et Gima, qui avons été désignés comme porte-paroles du groupe, avons bien dû nous affubler pour rentrer.
De notre entrevue avec la sainte dame, on ne dira rien de plus, certaines choses doivent rester secrètes. Toujours est-il qu’elle nous accorda sa bénédiction. Las, nous avions oublié de vider un verre en l’honneur de bison futé, et ce dieu malicieux se vengea comme il sait si bien le faire, plaçant bouchons chromés et escargots géants sur la route, si bien qu’arrivés au port de Paimpol, nous avions raté la dernière navette. Isolés dans le vent glacé du soir, nous fûmes contraints à une retraite honteuse.
Heureusement pour nous Francis, jamais à court de ressources, avait des contacts dans une tribu de farouches amazones semi-bretonnes de la région de Lamballe, et proposa donc d’y réclamer l’hospitalité pour une nuit. Le chemin était ardu et périlleux : il s’agissait de se perdre dans les routes sombres de la Bretagne profonde. Heureusement Francis se souvenait de l’emplacement exact à 42km près du chêne qui marquait l’entrée de la route du camp. Il nous fallu ensuite suivre les glands jusqu’à l’arrivée.
Sur place un problème se posa : la tribu n’acceptait pas les rats dans le camp. Il fallu donc grimer Leïa, la rate ninja d’Anankè, en cochon d’inde pour qu’elle soit acceptée. Heureusement, en bonne rate ninja, elle avait sur elle un sari et un faux groin pour se déguiser, et feignit la fatigue et la timidité pour se cacher dans un recoin de sa cage, échappant ainsi à la curiosité de ses hôtes. Francis, pendant ce temps là, donnait le change en racontant force anecdotes de leurs rencontres passées, attirant à lui par ses talents de conteur l’attention des farouches amazones.
Après une soirée passée auprès du feu et une bonne nuit de repos, nous repartîmes d’attaque pour embarquer sur la fameuse île de Bréhat, tandis que Francis nous racontait les combats épiques de l’île au travers des âges : comment les habitants avaient chassé tous les serpents de l’île, comment ils avaient résisté à une attaque de zombies nazis, et mille autres faits d’armes glorieux qui émaillaient le passé de ce haut lieu du tourisme breton.
Nous nous installâmes dans la maison, repoussant sans effort une invasion de fourmis mutantes, et décidâmes de commencer immédiatement une visite de l’île à nous quatre tandis que Leïa surveillerait la maison. Nous n’étions pas bien loin quand nous croisâmes un chat étrangement amical. Malgré l’habileté de son choix de couverture (qui faisait échapper des petits cris à Gima), cet animal ne put cacher sa vraie nature à Anankè ; en habituée qu’elle était des phénomènes paranormaux, et grâce à son entraînement d’une semaine chez Mezcal, elle reconnu immédiatement un agent extra-terrestre en service dans la boule de fourrure qui nous suivait d’un air gourmand. Une fois confondu, il dût avouer sa vraie nature, et renonça visiblement à toute velléité belliqueuse à notre encontre, nous pûmes donc discuter un peu. Il nous confirma la présence de trolls sur l’île, et nous enjoint à la plus grande prudence. Il nous donna aussi la localisation de leur camp de base.
Nous décidâmes d’aller voir de plus près ce camp, caché dans un champ de sarrasin selon le chat. Nous avancions doucement dans les fougères, bien décidés à les prendre par surprise. Nous approchions doucement du camp, et quand nous fûmes arrivés en face, il fallu nous rendre à l’évidence : il était vide. Francis prit la tête du groupe et s’engageait dans le champ quand j’entendis un bruit sourd derrière moi. Le temps de me retourner, un gros troll arrivait, m’attrapait par la taille et me jetait sur son dos pour m’emmener à toute allure. Le but était visiblement de nous séparer, je voyais les filles en semblable position sur le dos d’autres trolls. J’avais réagi trop lentement, et il était difficile de se battre ainsi, mais je fis l’effort de me souvenir des cours de Maître AtHa. Il m’est difficile de vous décrire la série de coups et de prises que j’utilisais, ma mémoire est floue à ce sujet, mais toujours est-il que le troll vola bientôt et atterrit dans la mer.
Je découvris à cette occasion que les trolls bréhatiens se figeaient dans l’eau, mais je compris aussi d’où venais la méprise de Gima sur les dauphins : un gros troll rouge à pois noir en train de se figer dans l’eau tente désespérément de se débattre, et attire une foule de dauphins noirs à pois jaunes qui se moquent de lui. C’est sans doute pour ça qu’elle a confondu. Au moins ce voyage n’aura pas été inutile.
