Archive for août 19th, 2008
Comme bien souvent, toute cette histoire a commencé autour d’un verre. En l’occurrence dans « le Troll », le rade de Patrick dit « le gaulois », qui accueille régulièrement une jeunesse parisienne qui se bat à coups de cailloux sur des planches et qui commande suffisamment de bières pour faire vivre le bar. C’est sur une table à l’extérieur que nous buvions, Anankè, Gima, Francis et moi. La discussion était animée :
Francis : « Attends, c’est mon métier, je sais quand même bien à quoi ressemble un dauphin ! »
Gima : « Mais si, je te dis qu’on en voit. Ils ne sont pas tous comme ça, mais il y en a. »
Francis : « Mais enfin, rouge avec des pois noirs, ça peut pas être un dauphin, un dauphin c’est bleu. »
Anankè : « Genre parce que t’as disséqué une fois un marsouin tu sais qu’aucun dauphin n’est rouge à pois noir ? Genre. »
Gima : « Ouais, prouve ce que tu dis ! »
Francis : « Bah faudrait aller à la mer et je vous le prouve. »
Gima : « T’as pas un manoir de famille en Bretagne toi ? »
Anankè : « Oh ouais, genre des vacances à Bréhat. »
Francis : « Euh… Oui, mais c’est dangereux parce qu’il y a… euh… (il lève la tête) des trolls. Oui, c’est ça, des trolls là bas.»
Gima : « Oh ! Ca va être chouette ! Eh, Dominochou, on y va ? Hein dis, on y va ? Hein ? Dis oui ! Dis oui ! »
Donio : « Euh… Bin ouais, s’tu veux. »
Anankè : « Et pour les trolls, je vais demander conseil à Mezcal et Sayya, ils sauront quoi faire. »
C’est ainsi qu’Anankè partit en éclaireuse solliciter les conseils du vieux sage gnou et de sa muse, tandis que Gima, Francis et moi fignolions les préparatifs de départ et embouteillions la PDG pour le trajet. Il était prévu de faire escale à St Pierre des Corps pour récupérer la quatrième comparse, effectuer quelques libations en compagnie du grand enservietté et de faire une visite à notre dame de Cassinéa pour qu’elle bénisse le voyage.
Sur place, Mezcal prévoyant avait décidé de ne prendre aucun risque pour la suite du voyage, et de nous à une rencontre éventuelle avec des trolls : il avait invité AtHaBaSkA, grand maître du krav-maga, pour nous prodiguer une initiation complète en accéléré. Le mélange PDG-Vouvray et quelques incohérences temporelles du récit nous ont donc permis de maîtriser rapidement les bases de cette technique. Mais attention : cet apprentissage ne durerait que jusqu’au lundi 14 juillet minuit, à la première seconde de mardi 15 tous nos souvenirs du krav-maga seraient perdus ! (D’ailleurs je ne me souviens de rien de ce qui a pu se passer au cours de cette soirée.)
Le vendredi matin, nous partons donc pour Tours. Maître AtHa nous accompagna jusqu’au sanctuaire sacré où se reposait Cassinéa. Le rituel d’entrée dans le sanctuaire était très strict : ablutions nombreuses, purification, port de vêtements rituels et de coiffes appropriées… Un détail important à noter malgré tout : les prêtres de ce temple n’ont pas de pied frontal, et ne comprennent donc pas que l’on tente de mettre un chausson sur sa tête. A la place ils nous offrent de vulgaires charlottes, dont moi et Gima, qui avons été désignés comme porte-paroles du groupe, avons bien dû nous affubler pour rentrer.
De notre entrevue avec la sainte dame, on ne dira rien de plus, certaines choses doivent rester secrètes. Toujours est-il qu’elle nous accorda sa bénédiction. Las, nous avions oublié de vider un verre en l’honneur de bison futé, et ce dieu malicieux se vengea comme il sait si bien le faire, plaçant bouchons chromés et escargots géants sur la route, si bien qu’arrivés au port de Paimpol, nous avions raté la dernière navette. Isolés dans le vent glacé du soir, nous fûmes contraints à une retraite honteuse.
Heureusement pour nous Francis, jamais à court de ressources, avait des contacts dans une tribu de farouches amazones semi-bretonnes de la région de Lamballe, et proposa donc d’y réclamer l’hospitalité pour une nuit. Le chemin était ardu et périlleux : il s’agissait de se perdre dans les routes sombres de la Bretagne profonde. Heureusement Francis se souvenait de l’emplacement exact à 42km près du chêne qui marquait l’entrée de la route du camp. Il nous fallu ensuite suivre les glands jusqu’à l’arrivée.
Sur place un problème se posa : la tribu n’acceptait pas les rats dans le camp. Il fallu donc grimer Leïa, la rate ninja d’Anankè, en cochon d’inde pour qu’elle soit acceptée. Heureusement, en bonne rate ninja, elle avait sur elle un sari et un faux groin pour se déguiser, et feignit la fatigue et la timidité pour se cacher dans un recoin de sa cage, échappant ainsi à la curiosité de ses hôtes. Francis, pendant ce temps là, donnait le change en racontant force anecdotes de leurs rencontres passées, attirant à lui par ses talents de conteur l’attention des farouches amazones.
Après une soirée passée auprès du feu et une bonne nuit de repos, nous repartîmes d’attaque pour embarquer sur la fameuse île de Bréhat, tandis que Francis nous racontait les combats épiques de l’île au travers des âges : comment les habitants avaient chassé tous les serpents de l’île, comment ils avaient résisté à une attaque de zombies nazis, et mille autres faits d’armes glorieux qui émaillaient le passé de ce haut lieu du tourisme breton.
Nous nous installâmes dans la maison, repoussant sans effort une invasion de fourmis mutantes, et décidâmes de commencer immédiatement une visite de l’île à nous quatre tandis que Leïa surveillerait la maison. Nous n’étions pas bien loin quand nous croisâmes un chat étrangement amical. Malgré l’habileté de son choix de couverture (qui faisait échapper des petits cris à Gima), cet animal ne put cacher sa vraie nature à Anankè ; en habituée qu’elle était des phénomènes paranormaux, et grâce à son entraînement d’une semaine chez Mezcal, elle reconnu immédiatement un agent extra-terrestre en service dans la boule de fourrure qui nous suivait d’un air gourmand. Une fois confondu, il dût avouer sa vraie nature, et renonça visiblement à toute velléité belliqueuse à notre encontre, nous pûmes donc discuter un peu. Il nous confirma la présence de trolls sur l’île, et nous enjoint à la plus grande prudence. Il nous donna aussi la localisation de leur camp de base.
Nous décidâmes d’aller voir de plus près ce camp, caché dans un champ de sarrasin selon le chat. Nous avancions doucement dans les fougères, bien décidés à les prendre par surprise. Nous approchions doucement du camp, et quand nous fûmes arrivés en face, il fallu nous rendre à l’évidence : il était vide. Francis prit la tête du groupe et s’engageait dans le champ quand j’entendis un bruit sourd derrière moi. Le temps de me retourner, un gros troll arrivait, m’attrapait par la taille et me jetait sur son dos pour m’emmener à toute allure. Le but était visiblement de nous séparer, je voyais les filles en semblable position sur le dos d’autres trolls. J’avais réagi trop lentement, et il était difficile de se battre ainsi, mais je fis l’effort de me souvenir des cours de Maître AtHa. Il m’est difficile de vous décrire la série de coups et de prises que j’utilisais, ma mémoire est floue à ce sujet, mais toujours est-il que le troll vola bientôt et atterrit dans la mer.
Je découvris à cette occasion que les trolls bréhatiens se figeaient dans l’eau, mais je compris aussi d’où venais la méprise de Gima sur les dauphins : un gros troll rouge à pois noir en train de se figer dans l’eau tente désespérément de se débattre, et attire une foule de dauphins noirs à pois jaunes qui se moquent de lui. C’est sans doute pour ça qu’elle a confondu. Au moins ce voyage n’aura pas été inutile.