Je ne sais pas trop comment aborder la présentation de cette histoire, mais comme ça fait plusieurs fois que j’en parle récemment et que ça reste un de mes bouquins cultes, il fallait bien que je me jette à l’eau, donc voilà.
Cette histoire, d’abord, c’est celle du magicien Woland et de ses acolytes, ou sa troupe si on veut. Il se présente comme magicien spécialiste de la magie noire, mais ses spectacles de magie sont… hmmmm… particuliers… Il faut dire aussi que Woland n’est qu’un pseudonyme sous lequel se cache le diable, et que s’il maitrise bien le sujet de la magie, il a un humour en décalage avec celui de son public moscovite. Lui et sa troupe vont se donner un malin plaisir à semer la zizanie dans le Moscou terne et gris de la dictature Stalinienne et y insuffler le grain de folie qui y manquait pour les amuser.
Cette histoire c’est aussi celle de Marguerite, après tout son nom figure dans le titre contrairement à celui du diable. Elle est jeune, belle, intelligente, et mariée à un homme également jeune, beau, riche, tendre et aimant. On s’attendrait à ce qu’elle soit heureuse, mais non. Elle aime le Maître, un obscur écrivain qui a disparu de la circulation après avoir essuyé des critiques plus que sévères sur un ouvrage qu’il avait commencé : une revisite de la fin de Jésus et sur les rapports qu’il entretenait avec Ponce Pilate.
Et justement, cette histoire c’est aussi le roman du Maître, c’est la rencontre entre un Ponce Pilate qui doute, qui déteste Jérusalem, et qui va tomber sous le charme de ce singulier prisonnier qu’on lui amène : Yeshoua. Poussé par le peuple, il va devoir annoncer à contre cœur son exécution, alors qu’il voulait le garder près de lui.
Vous devez commencer à vous demander comment il est possible de jongler entre toutes ces histoires sans s’y perdre. C’est un peu confus au début, mais tout se recoupe très bien, et donne un mélange très dynamique et assez jouissif quand on suit les débordements successifs de la petite troupe du Diable et le renversement des valeurs morales de Marguerite et du Maître. Car on est pris d’élans irrésistibles de sympathie pour cette bande de vauriens qui sème pourtant la mort, la destruction et la folie derrière elle, mais toujours avec humour et originalité. Je m’étais promis après la lecture de ce livre que si j’avais jamais un chat noir je l’appellerais Béhémot en hommage à celui de l’histoire. Et je ne le dis pas trop fort parce que c’est un truc de filles, mais c’est aussi quelque part une belle histoire d’amûûr.
Ce livre, écrit sous le stalinisme et largement censuré à l’époque de l’auteur, dénonce les absurdités du système, l’engoncement des gens dans une société sans rêves, aux valeurs morales strictes et absconses. Mais si ce livre est critique, il n’est jamais lourd dans sa forme. Les premières fois que je l’ai lu, vers les 13-14 ans, je n’avais qu’une idée très vague du contexte, et je m’étais juste laissé porter par l’histoire. Ce n’est que lors de lectures plus tardives, tandis que mes connaissances en matière d’histoire me permettaient de mieux l’appréhender, que j’ai mieux saisi les implications de ce livre et les raisons de sa censure. Je le recommande donc autant aux gens qui veulent passer un bon moment de détente qu’à ceux qui voudraient lire une version plus moderne de Faust.
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Si une fois que vous l’avez lu vous voulez en savoir plus sur le contexte, les choix de l’auteur, ou que vous voulez une fiche de lecture, vous pouvez jeter un œil sur l’excellent site qui est dédié au livre.