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8th septembre
2008
written by Donio

Lors de mon voyage en Irlande en août 2007, j’ai été marqué par la configuration toute particulière des champs qu’on rencontrait au bord de la route. Voici le récit d’une rencontre avec un paysan local.

Killary, petite bourgade du Connemara en Irlande. C’est ici que la famille de Patrick O’Malley vit depuis des générations et des générations, perpétuant la tradition familiale. Il nous emmène aujourd’hui dans son champ pour nous parler des méthodes de culture transmises dans sa famille depuis des millénaires maintenant.

Alors ça c’est l’grand champ, l’est plutôt plat. La terre est bien meuble, c’est c’qu’y faut pour qu’ça pousse bien. C’est d’la tourbière, si ça donne du goût à la Guiness, ça doit marcher aussi pour les cailloux. Le caillou à embrasser doit être moussu et goûtu sinon personne n’en veut. Les champs d’cailloux à embrasser c’est pas les plus faciles à écouler. Déjà c’est exigeant comme type de pierre hein, à part dans des cas comme à Blarney, la plupart doit être transformée en statue avant qu’on l’embrasse, faut qu’ça résiste bien au burin, et qu’ça soit grand. Alors on doit pas mal sélectionner, les deux tiers d’la production sont foutus à chaque récolte. La moindre p’tite faille et c’est fini. Mais bon, comme ça s’revend cher on n’y perd pas trop trop encore. On vend les mêmes pour les margelles d’fontaines magiques parce qu’les gens font souvent des trucs bizarres avec les fontaines magiques… Du temps des rois on en vendait aussi pour l’perron du trône, vu qu’les gens ils passaient leur temps avec le nez dessus, mais maintenant ça s’fait plus, et les gens n’viennent plus r’nifler les perrons…

Là bas là, on fait pousser les cailloux pour les cercles. Plus trop de demande pour ça maintenant. Avant on f’sait des cercles de pierre, il y avait d’la d’mande dans l’temps. J’veux dire un grand cercle de pierres dressées, c’est toujours bon pour l’tourisme, il y a plein de gens qui se déplacent pour voir ça. Mais les gens maint’nant ils veulent du tout cuit, quand on leur en propose c’est toujours « Oh bin non, on sait pas faire ça nous, faudrait qu’on trouve des cadavres momifiés pour cacher en dessous, les tumulus c’est trop d’boulot, on n’a pas les moyens d’embaucher un druide pour compéter le décor… ». Et après on a toujours des demandes du genre : « Vous auriez pas un p’tit château plutôt ? Un beau château en ruine qu’on poserait sur la falaise là. »

Pour sûr qu’j’en fais des châteaux, mais ça s’fait pas comme ça un château, des dizaines d’années d’culture avant d’en avoir un, c’est beaucoup plus long à produire. Et pourtant la terre est bonne ici hein, les cailloux poussent bien hein… Mais bon, on fait pas un caillou de 30m de haut en quelques pauvres années. Alors du coup quand on leur dit l’prix les gens ils veulent plus, ou ils repoussent la commande… Faut dire aussi qu’sur les châteaux on a la concurrence d’ces salauds d’écossais qui cassent les prix. Alors on doit brader aussi : pour un château ach’té, une tour en ruine offerte…

Alors le seul truc encore pas trop dur à écouler c’est les murets. Ca encore on en produit pas mal, parce que ça peut s’user l’muret, et les nôtres sont les meilleurs : bien droits sur des kilomètres, on passe par-d’ssus les collines, on s’arrête pas avant les r’bords de falaise, ils coupent le champs en deux parties distinctes : à droite du muret et à gauche du muret. Y a pas à s’tromper. Mais même ça la demande est en baisse. Trop de murets partout, et les champs qui s’agrandissent…

De t’tes façons ça va pas durer longtemps t’ça, le marché commence à saturer ici, et on n’a jamais réussi à exporter. Le Japon et la Chine vont p’têt importer un peu pendant quelques temps, mais ils vont essayer de produire chez eux bientôt. Oh la terre est moins bonne qu’ici, mais ça peut v’nir, ils feront importer la terre qu’il faut. Et en Scandinavie il y a un marché mais ils n’investissent pas trop chez nous, et ils préfèrent l’Ecosse eux aussi. Mon fils est parti étudier à la ville, il reprendra pas l’boulot. C’est triste mais c’est comme ça. On va revenir à des cailloux qui poussent d’façon anarchique partout, ou alors on va s’faire bouffer par la ville. En tous cas c’est la fin du boulot chez nous, j’trouv’rai plus un apprenti maint’nant.

Bon, ok, j’en rajoute peut être un peu, mais vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ils alignaient leurs cailloux bien droits dans leurs champs là bas ? Pourquoi ils font des murets qui passent par-dessus les crêtes montagneuses (enfin collinesques) au mépris de tout bon sens ? Moi ça me dépasse.