Archive for septembre 11th, 2008
Cet article est une commande : on devait écrire un « article faisant l’éloge de la mouffette et révélant les entraves multiples à la distillation de son urée ».
De tous temps, l’homme s’est toujours inspiré de la nature pour créer. En fait je ne sais pas si c’est vrai mais on m’a toujours dit d’éviter de commencer un texte par « de tous temps l’homme » et une généralité, donc je teste pour voir qui ça choque, et en plus ça m’arrange que vous le croyez puisque ça va me permettre d’introduire mon sujet.
De tous temps, disais-je donc avant d’être interrompu, nous avons copié la Nature. Ainsi l’hélicoptère est une imitation de la libellule (il parait hein, je n’ai pas vérifié), les palmes imitent les grenouilles, la poterie est reprise sur les termitières australiennes, l’idée des jeunes filles au pair nous vient des coucous… et l’esprit du punk est directement inspiré de la mouffette.
Cet animal au fort caractère est en effet connu pour sa tendance à la rébellion et à l’insubordination. Ne les montre-t-on pas comme contre-exemple aux jeunes renardeaux, qu’ils constatent de visu qu’une crête teinte en blanc ne leur irait pas du tout ? Les jeunes blaireaux ne sont-ils pas prévenus dès leur plus jeune âge contre ces cousines vandales qui n’hésitent pas à brutaliser les jeunes chiots, pumas et autres prédateurs, symboles d’une autorité supérieure dans la forêt ? Car c’est un fait, aucune autorité animale n’a de prise sur la mouffette. Elle est le symbole même de la lutte pour l’indépendance, mais aussi d’une certaine décadence, les mouffettes n’hésitant pas à « taguer » des arbres de marques distinctives, et délimitant des territoires dans lesquels il vaut mieux ne pas s’aventurer seul.
Malgré cela, les mouffettes ont su se trouver un grand ami et protecteur en la personne de l’Homme (avec un grand H, parce que les femmes les apprécient aussi, quoique parfois uniquement en écharpe). La raison en est très simple : son urée, une fois distillée, est une boisson très appréciée dans certains milieux, en partie pour son goût, mais aussi pour sa rareté.
Le régime alimentaire de la mouffette – qui est, rappelons-le, omnivore – est à la fois une aubaine et une grande source de travail pour les producteurs d’urée de mouffette. Une aubaine d’abord, car l’alimentation de la mouffette influence grandement le goût de son urée, et permet donc une variété d’urées selon l’environnement de la mouffette, l’ensoleillement, la qualité de l’air, la fraicheur de l’eau qu’elle boit et l’âge du capitaine. On peut ainsi obtenir des crus exceptionnels. Mais à l’inverse un certain nombre de facteurs peuvent détruire complètement ces avantages : certains aliments, comme la viande avariée, peuvent ainsi pervertir complètement le goût de l’urée de mouffette. C’est pourquoi on décommande sérieusement d’élever ses mouffettes près d’un cimetière d’éléphants, heureusement fort peu communs en Amérique. Un stress trop important est également considéré comme une cause possible de détérioration du gout.
Il s’agit donc de trouver un moyen d’élevage qui réduise le stress de l’animal – on exclue donc les batteries ou les élevages en surconcentration – mais qui permette aussi de surveiller un peu son alimentation. La solution qui semble idéale serait donc de les emmener en pâture comme on le fait pour les moutons, et de leur donner une nourriture équilibrée et contrôlée pour stabiliser le goût et développer des AOC reconnaissables pour le consommateur. Et c’est là que le tempérament fortement indépendant de la mouffette pose problème : elle refuse en effet de se laisser enfermer, et passe souvent outre les barrières, laissant derrière elle des poteaux défoncés à coups de docks à clous et des inscriptions explicites comme « Anarchie vaincra ! » ou « Stop à l’exploitation !». Au final il a fallu se résoudre à leur laisser une certaine liberté, et à les appâter avec de la PDG dont elles sont friandes pour les attraper et récupérer le précieux nectar.
L’urée restant difficile à récupérer dans l’animal, on la récupère dans l’urine des animaux. Pour cela on leur fournit des petits tubes à essai et des cabines fermées pour leur garantir un peu d’intimité. Les doses récoltées sont faibles à chaque fois, d’autant que l’on ne peut faire cohabiter beaucoup de mouffettes au même endroit, mais à raison de deux récoltes par jour c’est rentable tant que les cours de la PDG restent stables.
Reste les dernières étapes de la préparation de votre boisson préférée : la distillation et l’embouteillage. A ce stade, et pour se démarquer de la concurrence, les producteurs mexicains ont commencé depuis quelques années à placer un ver ou un serpent séché dans la bouteille. Cette pratique a remporté un tel succès qu’elle s’est rapidement démocratisée, et on a ainsi vu des producteurs américains rajouter des animaux plus « locaux » tels que scorpions, lézards, et, pour les magnums, des tatous.
L’avantage quand on a des collègues qui ont pas mal voyagé ou qui viennent de loin, c’est qu’on peut un peu ouvrir ses horizons. Par exemple, j’ai un collègue qui a passé un peu de temps au Viêt-Nam, et qui a conservé un goût certain pour leur musique. Il nous a permis de découvrir quelques artistes à côté desquels je serais certainement passé sans lui.
Par exemple ce titre magnifique (en karaoké en plus, bande de veinards) :
Artiste : Nhat Tinh Anh et Khanh Ngoc
Titre : Vang Trang Khoc
URL : http://fr.youtube.com/watch?v=Xc1R117g7vo
Je ne résiste pas à vous donner la traduction d’une partie des paroles (trouvées sur un forum, merci à Philippe de Paris pour sa traduction donc) :
Tại em khi xưa yêu hoa màu trắng
Tại em suy tư bên bờ vắng
Nên đêm vượt trùng
Anh mong tìm gặp hoa trắng về tặng em
Cho anh thì thầm
Em ơi tình mình trắng như hoa đại dương
Car tu affectionnais autrefois les fleurs blanches,
Car tu méditais sur la grève déserte,
Marchais ainsi la nuit à travers le roulement des vagues,
J’espérais trouver et te ramener des fleurs blanches,
Afin de me murmurer intérieurement :
Ma dulcinée, notre amour est blanc comme la fleur du grand large.
Comme ça, à défaut de parler le vietnamien, vous pourrez toujours le chanter. Bon allez, maintenant faut que je voie si je retrouve cette reprise de Come together par un groupe de pop chinoise…