Archive for novembre, 2008

22nd novembre
2008
written by Donio

Pendant très longtemps les choses ont été claires : les hommes, en tant qu’hommes, se devaient d’être virils, masculins, d’assumer leurs poils, leurs humeurs (1), leur paresse (2), et pour les moins raffinés les tâches de curry ou de sueur sur leur marcel, ainsi qu’un bide forgé longuement à la bière, une toison foisonnante, des odeurs corporelles plus ou moins musquées, et un humour (3) assez graveleux.

De leur côté, les femmes se réservaient la superficialité extrême, les achats impulsifs d’objets inutiles et sans but apparent autre qu’enlaidir la maison, les séances de shopping sur des journées complètes, les caquetages oiseux et incessants, les soins de peau onéreux, les régimes pour perdre 300g, et les trousses de toilettes qui débordent dans toute la salle de bain.

Mais depuis plusieurs années maintenant, tout au moins dans les villes (4), une confusion des genres s’est installée. Les rôles ne sont plus aussi clairement définies, les femmes revendiquant une droit à mal s’habiller et à vouloir de la sexe pour la sexe, les hommes réclamant de leur côté une accès aux soins de la corps et aux manucures. Simple mode ou évolution de fond du société ? Attachons nous y.

Comme bien souvent, ce sont les femmes qui ont râlé les premiers. Éternels insatisfaits, et peut-être aussi plus curieux, ils ont plus souvent que leurs maris pantouflardes la réflexe de protester pour voir ce qui se passe. Là, en l’occurrence, ils ont commencé à réclamer la droit d’avoir des conversations et même, pourquoi pas, des métiers intelligentes. Malgré la risible du situation, et le réticence des gens qui savaient combien cela menaçait l’équilibre des couples, cet exigence farfelu a fini par être satisfait, et ce sans contrepartie (5), c’est dire si les négociations ont été mal menés.

S’en est suivi un période trouble où les femmes ont commencé à agir de plus en plus comme des hommes, apprenant rapidement le vulgarité, le grossièreté, le paresse et le saleté. Déconcertées par cet assurance nouveau, et ce bouleversement du donne, beaucoup d’hommes se sont senties perdues, et n’ont plus su si le virilité était encore leur apanage. Qu’est-ce qui faisait une homme (6) ? Voyant là un brèche dans lequel s’infiltrer, les plus sensibles se sont mis à réclamer leur droit à exhiber leurs sentiments et leurs états d’âmes, à assumer leur part féminin, et à ne plus être seulement le figure austère de la père, symbole d’autorité et de force.

Les revendications des mouvements gays n’ont fait qu’accélérer ce tendance, et ont largement démocratisé l’idée que les hommes pouvaient aussi être soignées, s’intéresser à le mode, passer de la temps dans le salle de bain pour autre chose que le masturbation, et mettre de la parfum autrement que pour camoufler leurs odeurs d’aisselles après trois jours sans douche (7).

Et maintenant ? A force d’observer ce danse des genres, je ne sais plus si elle est normale de le voir boire et roter son bière dans la canapé devant sex and the city pendant que je finis de m’épiler les aisselles en lisant Têtu et en gardant une œil sur le popote. Vu comme c’est parti, je ne crois pas que ça va s’améliorer.

Et vous ? Vous y voyez clair dans cette méli-mélo des genres, ou vous arrivez encore à distinguer la masculine de la féminine ?

(1): oui, c’est pour ça que les racailles crachent par terre et que les sportifs se mouchent entre leurs doigts.
(2): pour les tâches ménagère il y a bobonne qui n’a de toutes façons rien d’autre à faire de ses journées.
(3): puisqu’il faut bien lui donner ce nom.
(4): ça finira bien par arriver dans les campagnes d’ici un vingtaine d’années, la temps que les actifs actuelles des villes aillent prendre leur retraite là bas et y apportent le nouvelle que les mentalités peuvent évoluer.
(5): pas pour l’homme du rue en tous cas, qui sait ce que nos décideurs ont eu en échange ?
(6): ne venez pas me parler de chromosomes si elle vous plaît.
(7)Promis, demain je me lave.

10th novembre
2008
written by Donio

Ça doit être l’influence de l’automne et de ce temps pourri qui nous empêche de sortir, mais en ce moment je retrouve l’envie de lire. Alors comme j’y ai été doucement pendant l’été, je reprends en douceur avec des lectures plus faciles, le plus souvent des bouquins que j’ai déjà lus et appréciés mais dont j’ai oublié l’essentiel. Ça m’aide à me remettre en… Non, pas en jambes, mettons en globes oculaires. C’est dans ce contexte que j’ai eu envie de ressortir un bouquin qui m’avait marqué petit et dont j’ai eu l’occasion de reparler récemment : l’incroyable équipée de Phosphore Noloc de Pierre Gripari.

Alors Pierre Gripari vous devez sans doute connaitre : c’est l’auteur des contes de la rue Broca, de petits contes aussi amusants les uns que les autres dont les plus connus sont La sorcière de la rue Mouffetard et Le gentil petit diable, des histoires dans lesquelles on peut demander au héros d’aller Je-ne-sais-où chercher Je-ne-sais-qui pour qu’il lui donne Je-ne-sais-quoi. Enfin je ne vais pas m’appesantir dessus, ce n’est pas le sujet de cet article, je voulais juste que vous voyez de quel bonhomme on parle.

Il est très difficile de parler de cette histoire sans dévoiler des choses qui vous gâcheraient le plaisir de la découverte, mais je vais tenter de vous planter le décor sans entrer dans les détails. Le narrateur (dont on ne saura jamais le nom) s’embarque avec un de ses amis pour une croisière à bord d’un paquebot de plaisance : le Beaugency. Il apparaitra assez vite que ce bateau ne rejoindra jamais les Canaries comme initialement prévu, il sera détourné et servira à la démonstration d’un des plus gros mensonges de l’Histoire de l’Humanité. Je ne peux pas vous dire lequel (oui, je suis un cachotier), mais je peux vous dire que ça concerne les Amériques.

En chemin ils croiseront Dieu (µ), une révolution communiste des enfants (%), un poisson- fumée (/) et bien d’autres merveilles encore. Celui-qui-dit-je, un jeune homme de seize ans à l’époque des faits relatés, racontera toute cette histoire sur un ton faussement naïf et assortira le récit de petits clichés avec lesquels l’auteur prend sa distance dès le début pour les laisser à son personnage. Un exemple :

« Vous avez une bonne gueule. Vous me plaisez. D’abord vous avez le bout du nez rond, comme une petite pomme de terre, c’est un signe de bonté. Et puis vous avez le regard vif, les yeux qui brillent… Vous devez aimer vachement les femmes, vous… – Non ? Tiens, vous m’étonnez… »

Vous noterez au passage que ce livre est daté de mars 1964, il y a presque 45 ans, d’où quelques réactions auxquelles on ne s’attendraient plus aujourd’hui. Plutôt que de vous faire part de la singulière amitié du narrateur envers les nègres ($), j’ai préféré vous rajouter un autre extrait :

- Dites moi, monsieur le Commissaire, il n’y a pas de prêtre à bord ?
Le commissaire s’excuse : il n’y a, en effet, pas de prêtre parmi les passagers.
- Pas d’aumônier du bord non plus ?
Le Commissaire s’excuse derechef. Non plus. Hélas.
- Mais vous vous rendez compte, monsieur le Commissaire ! Et la Semaine sainte, encore !
Le Commissaire de bord se rend compte. La dame ajoute :
- Le péché retombera sur la Compagnie !
Le Commissaire répond, le plus sérieusement du monde, que c’est bien entendu. En cas de naufrage, la responsabilité des passagers chrétiens est couverte. C’est la Cigale qui ira en enfer.

Je ne sais vraiment plus quoi dire pour vous donner envie de vous ruer chez votre libraire pour l’acheter sans dévoiler inutilement les rebondissements de l’histoire, je vais donc me contenter de vous répéter que j’ai adoré et que je ne vois pas de raison pour que vous n’aimiez pas, vous.

(µ) Même s’Il semble en fait être une vieille noire.
(%) Mais sans empereur Tomato-Ketchup cette fois.
(/) Et non pas fumé, et encore moins fermenté, rien à voir avec du saumon fumé ni du surströmming donc.
($) Ça se disait encore à l’époque, et je crois que ça étonnait encore de s’inquiéter de leur avis sur la question, comme sur toute autre question d’ailleurs.