Archive for mars, 2009

31st mars
2009
written by Donio

L’autre jour je discutais au téléphone avec une amie qui me faisait part de la fin tragique de son appareil photo. J’ai bien évidemment compati à cette triste nouvelle, mais la suite de la conversation me plongeait dans la perplexité d’abord, puis finissait par m’alarmer : il était évident que mon amie était devenue accro à la photo ! C’est une addiction dont j’étais jusque là complètement ignorant, et dont je découvrais avec stupeur toute l’ampleur. J’ai donc décidé de me renseigner un peu, pour voir comment cela peut se développer, et comment on peut se retrouver photo-addict.

Il semblerait que bien souvent cela commence par une volonté de faire comme les grands : les enfants voient leurs parents prendre des photos et tentent à l’adolescence, souvent sous le regard énamouré et complice desdits parents de se mettre eux même à la photographie. Les essais sont souvent ratés, flous et/ou surexposés, mal cadrés, mais rien n’arrête ces artistes en herbe qui sentent à travers leurs objectifs souffler le vent de la liberté artistique et se sentent ainsi plus adultes. Et là où autrefois le prix de la pellicule incitait les parents à restreindre cette activité pour leurs enfants, le numérique a chamboulé les règles et détruit ces barrières qui empêchait d’être trop vite dépendant.

Pour ceux à qui les parents, sains, n’ont pas inoculé ce virus de la photographie, il y a encore beaucoup d’écueils à éviter pour ne pas tomber dans le piège : la pression sociale énorme chez les jeunes peut encore jouer, les photos se montrant d’autant plus facilement qu’elles sont échangées sans surveillance aucune sur le net. Les esprits fragiles peuvent développer, par jalousie, une envie terrible de se mettre à la photographie eux aussi. Et encore une fois la technologie ne vient pas à leur secours : de nombreux téléphones portables sont maintenant équipés de mauvais appareil photo qui, malgré la pauvreté de l’image produite, servent souvent de passerelle vers une forme plus dure d’addiction, et accélèrent encore la diffusion par le biais pervers du MMS.

Derniers grands pièges : les voyages organisés et les randonnées : dans l’un comme dans l’autre cas le sujet sain est soumis à une énorme pression de la part de tous ceux autour de lui qui vont chercher à le convaincre qu’il n’appréciera pas son voyage et que les paysages ne trouveront aucune grâce à ses yeux s’il n’a pas de quoi immortaliser son incompétence à rendre l’âme et l’essence d’un endroit par une image prise à la va-vite. Comment apprécier la majesté des pyramides si on n’en a pas une image 14×25cm ? Comment se souvenir des couleurs de l’Irlande si on n’en a pas une reproduction en contre-jour et mal contrastée ? Comment rendre ce sentiment de bien être au passage d’un col si on n’a pas une photo de nuages ? Devant de tels arguments, plus d’un homme sensé a déjà rendu les armes et sacrifié son ressenti devant la toute-puissance de l’image, puis sombré dans la dépravation iconographique.

Alors bien sûr, il y a des gens qui arrivent à cantonner leurs pulsions photographiques à des occasions bien précises, à se limiter à quelques photos par-ci par là, mais combien voit-on désormais de photographes compulsifs, toujours leur appareil à la main, ne voyant le monde qu’à travers leur objectif ? Combien de japonais ne savent plus à quoi ressemble le visage de leur conjoint depuis le temps qu’il n’a plus émergé de derrière son extension numérique ?

Non, une fois qu’on a gouté à la photographie, on ne décroche pas si facilement que ça… J’ai vu des gens se persuader qu’ils pouvaient se contenter de ralentir le rythme et échouer. Ca va toujours doucement : on se persuade qu’on peut se contenter d’une ou deux photos, on tire un ou deux clichés sur l’appareil d’un copain, on s’autorise quelques prises en soirée parce que les copains le font, on ne prendrait pas de photo seul, oh ça non, et puis au final… on rechute.

Devant l’ampleur de ce mal qui ronge le monde, on se demande ce que font les autorités ; il y a tant à faire en termes de prévention, accompagnement des dépendants, législation pour réduire la prolifération des appareils et des images sur internet… Et pourtant ils nient le problème ! Mais je comprends bien qu’il s’agit là du cynisme dont font habituellement preuve nos dirigeants dans ce genre de situations : les gens sont trop peu sensibilisés à ce problème, et les diverses taxes sur le matériel rapportent trop au gouvernement pour que celui-ci prenne le risque d’agir. C’est donc à nous les citoyens de dire stop au fléau et de nous faire entendre pour qu’enfin des mesures soient prises et que l’addiction à la photo soit considérée comme une vraie maladie.

30th mars
2009
written by Donio

Vous avez tous été ados un jour, vous serez donc d’accord avec moi pour dire qu’on a tous un jour, sans forcément tomber dans le fanatisme hystérique ou la collectionnite de posters, apprécié suffisamment un groupe de musique pour chercher un peu à savoir à quoi ils ressemblaient, ce qu’ils faisaient le weekend et quel traumatisme d’enfance les avait poussé à faire de la musique. Et là, immanquablement, il est arrivé un moment de faiblesse où vous vous êtes dit « Ouah ! Ils sont trop cools » (1) et ce malgré (2), au choix, des dents en or, des cheveux sales et hirsutes, un nez cassé, des bouts de seringue qui dépassent du sac, des poses ridicules, des goûts vestimentaires plus qu’approximatifs (3) ou encore une tendance à se prendre pour des génies et à l’afficher.

Et on peut se dire qu’il s’agit juste d’une passade, qu’on a un besoin de rébellion quand on est jeune qui se traduit par la création de nouveaux modèles et qu’on a tendance à adhérer à n’importe quoi dans ces moments là, mais la tolérance envers les frasques des artistes continue à durer longtemps après la fin de l’adolescence. Amy Winehouse peut faire n’importe quoi, son statut de chanteuse la protège de l’opinion à défaut de la protéger de la loi, Joey Star peut brutaliser autant de femmes qu’il veut sans que sa popularité en souffre, Chino Moreno peut continuer à prétendre savoir chanter alors que tous ses concerts prouvent le contraire, les journaux se régalent toujours de leurs histoires et les gens ont toujours la même indulgence pour eux.

Du coup, il est assez tentant d’envisager une carrière de chanteur. J’avoue que j’aimerais parfois pouvoir prendre les poses les plus ridicules, m’habiller comme un sac, me faire des coupes de cheveux risibles, et voir tout le monde prendre exemple sur moi. J’ai donc envisagé les différentes options qui se proposaient à tout un chacun pour une carrière musicale.

J’ai vite écarté l’option d’une carrière de chanteur de reggae. D’accord, c’est un style agréable et qui met de bonne humeur, qui autorise à une certaine naïveté dans les prises de position et l’écriture, et permet même de tomber dans une certaine facilité. De ce point de vue là je n’aurais pas eu à me préoccuper de mon manque de talent d’auteur. En plus les sujets sont faciles à trouver : dénoncer l’injustice et les comportements, et chanter le positivisme. En revanche il m’aurait fallu des cheveux un peu plus crépus pour me faire des dreadlocks, là je risque de ne pas être très convaincant. Reste le look baroudeur, mais n’ayant pas passé dix ans au Chili j’aurais du mal à justifier d’un poncho et d’un chullo.

Oublions donc le reggae, il y a de la demande dans le punk : toujours aussi peu d’exigence dans la qualité des textes, et encore moins dans celle de la musique, en fait il suffit d’être con, ça je sais faire. Les thèmes sont également assez simples à trouver : misère, exclusion, racisme, comparaison de tout système d’Etat à une dictature. Par contre le public punk est beaucoup plus exigeant sur la vie que je vais devoir mener : déjà si j’ai droit au sexe, drogue et rock n’ roll, j’ai beaucoup moins de droit à l’argent et ses agréables dérivés. Alors vous me direz que je pourrais tout simplement dilapider toujours mon argent, mais même cette option est à proscrire : un bon chanteur de punk ne doit boire que de la mauvaise bière qu’il crachera sur ses fans en même temps qu’il crache sur « le système », ses vêtements doivent porter les stigmates de cette consommation excessive et sa gueule montrer qu’elle connait la dureté d’un trottoir, c’est seulement ainsi qu’il pourra prouver son attachement aux valeurs fortes qu’il doit véhiculer.

Bon, les horizons se ferment là, voyons voir un peu ce que donne le rock. Là pour le coup je peux m’habiller comme je veux, si les torses imberbes ou les grosses moustaches ont chacune en leur temps dicté leur loi, la liberté est quand même assez grande d’un point de vue vestimentaire, on peut même décider de bien s’habiller si on opte pour le pop-rock, mais c’est une option pour chiffe molle. Là on a droit de gagner de l’argent et de l’exhiber, et on a le droit de boire des bons alcools à condition d’être souvent bourré. Mais par contre pour le coup c’est vraiment sportif : il faudrait que j’apprenne à jouer à la guitare pour avoir une excuse pour rester en place, sinon il faut toujours sauter partout. Et puis les effets secondaires du rock sont parfois inquiétants : des tatouages semblent apparaitre tout seuls partout sur le corps et font des bandes dessinées sur la peau et certains doigts souffrent d’une semi-paralysie : j’ai noté notamment que les index et les auriculaires des métalleux souffraient particulièrement, semblant ne plus jamais pouvoir se plier et restant toujours brandis quand leurs propriétaires tentaient de fermer le poing.

Sinon il restait encore le rap, mais je tiens trop à mes dents pour ne pas chercher à me transformer en pimp. En plus les chances de se retrouver éparpillé entre dix poubelles sont plus élevées dans ce genre que dans les autres… Le jazz ? Et où je gagne des thunes ? En plus dans le genre sage c’est presque pire que les cœurs de l’armée rouge ou l’opéra… L’électro ? Les plus connus d’entre eux portent des masques sur la gueule en permanence, c’est dire si on peut faire fantasmer les foules et choper de la minette avec ça… En fait c’est trop fatigant d’être chanteur, je préfère rester loser, au moins si je foire c’est sans faire d’efforts.

(1) Ou fresh, ou neat, ou ils roxent, ça dépend à quel point votre adolescence remonte à loin.

(2) Ou peut être même à cause de, allez savoir avec les ados.

(3) Ne m’obligez pas à tout détailler ; entre les chemises en satin ouvertes, les cuirs cloutés moulants, les joggings qui laissent dépasser un caleçon sale, le léopard… nos stars ne nous ont rien épargné.

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