Quand on parle de culture, les gens pensent souvent d’abord aux livres qui véhiculent cette image un peu lourde et poussiéreuse de la bibliothèque emplie de savoir. Puis on pense ensuite au théâtre, à l’opéra, à la poésie, la musique, on envisage la télé et le cinéma, quelques esprits enfantins vont même vouloir y glisser la BD… Mais je vous le demande : qui parmi vous aurait cité les cartes postales ?
Et pourtant il est une maison d’édition suisse qui a su donner ses lettres de noblesse à ce rejeton de la photo, qui a su tirer la substantifique moelle de cet art délicat de montage d’une image et d’un commentaire dans un cadre qu’on ne pourra pas dépasser. Il s’agit de Plonk & Replonk, un collectif de créateurs créé en 1997 à La Chaux-de-Fonds, et constitué de trois compères : Jacques et Hubert Froidevaux et Miguel-Angel Morales.
Leurs productions sont souvent trompeuses vues de loin : elles ressemblent à ces cartes postales de collection, en noir et blanc, montrant des scènes de la vie quotidienne ou des paysages typique de la région, accompagnés d’un petit commentaire et éventuellement du nom de la collection. On se rend bien vite compte de son erreur quand on s’attarde dessus : des lapins géants envahissent les paysages, des situations loufoques apparaissent, des métiers s’inventent et les jeux de mot fusent.
Ces traficoteurs d’images s’amusent, et savent à merveille insérer innocemment au milieu de belles photos sépia des éléments perturbateurs et créer cette illusion de naïveté des anciennes cartes tout en leur donnant un ton résolument moderne.

Au fil du temps, pour changer, ils ont quand même opté aussi pour des cartes postales couleur, diversifiant le champ de leurs falsifications, mais toujours avec autant de bonheur.


Alors bien sûr, en tant que suisses ils sont assez centrés sur leur pays, mais c’est assez naturel et on ne leur reprochera pas de vouloir mettre un peu plus de poésie dans leur quotidien. On refusera aussi de s’inquiéter qu’ils déclarent « Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est qu’en accumulant les fausses images, on finit par y croire. Un monde virtuel se forme. Un monde où l’on transporte des rhinocéros en bateau sur le lac, où un extra-terrestre se saoule à l’absinthe dans les rues d’un village du Jura. Tout cela devient presque normal. »
Ah bon, ça ne l’est pas ?

