Je pense que si je vous parle d’huître, la première image qui vous viendra ne sera pas forcément très reluisante : on hésite entre l’image classique du glaire et entre cette sensation de visqueux mou et cette apparence un peu gluante quand on est moins vulgaire et qu’on passe moins de temps à admirer des glaviots négligemment répandu sur le sol.
Biens sûr, tout de suite vous viennent en tête des expressions peu à l’avantage encore de ce noble coquillage : parlez à quelqu’un de son QI d’huître, pas sûr qu’il prenne ça pour un compliment, ou bien appelez un de vos proches « pine d’huître » et vous aurez sans doute besoin d’une balayette et d’une pelle pour ramasser vos dents.
Vous l’aurez compris : l’huitre ne brille ni par le physique ni par l’esprit, et son image de marque dans le monde est quand même assez basse. Comme en plus de ça elle n’est même pas une espèce menacée, le peu de popularité qu’elle peut avoir tient aux consommateurs qui ne voient en elle qu’un apéritif. Et encore, une seule huître ne fait pas bouger grand monde, il en faut au moins une demi-douzaine pour convaincre un amateur. Rajoutez à ça les risques encourus pour ouvrir une huitre…
C’est dans ce contexte de déficit d’image que les producteurs d’huitres ont décidé de réagir pour faire remonter leurs protégées dans l’opinion publique et pouvoir plus facilement les exporter. Comme pour la plupart des imbéciles, ils ont trouvé qu’il était plus facile de leur forger un corps d’Hercule que de les élever intellectuellement, et puis en plus ça limitait les risques de révolte. Ils ont donc fait appel à des anciens de l’armée et du GIGN pour les aider à former une élite d’huitres qui les aideraient à casser cette image négative : le métier de coach d’huître était né.
Dès leur entrée en camp de formation, les huitres sont prises en charge : « Alors bande de moules !?! On veut faire les malignes ?!? Vous êtes là pour apprendre la vie, et aucune d’entre vous ne ressortira d’ici sans être capable de niquer un bulot à la course ! ».
L’entrainement est très dur, et la pression énorme. Selon des méthodes éprouvées, les éducateurs rabaissent en permanence leurs élèves : « Rappelez vous que pour faire une perle, il faut toujours commencer par une merde. Pour le moment vous êtes des merdes, j veux des perles en sortie du camp ! ».
Evidemment, les exercices sont éprouvants : « Toi là bas ! Tu me fais 100 ouverture-fermeture de coquille en une minute ! Si tu rates tu recommences ! ».
Parfois, certaines huitres craquent et doivent rentrer chez elles, ici un témoignage d’une huitre rendue aphone par l’épuisement et qui ne peut que palpiter pour nous signaler son désarroi : 
Au final, après deux ans de préparation intensive, les unités d’élite des huitres sont prêtes pour l’exportation : plus fermes et moins vertes, elles ont appris à obéir à tous les ordres, ouvrent d’elle-même leurs coquilles, marchent en unité et au pas de l’oie, se douchent au citron et sautent dans la bouche du consommateur en emportant un peu d’échalote avec elles à la demande du client.
Les coachs d’huitres préparent aussi l’avenir : si nos huitres s’implantent mieux à l’étranger, des unités spéciales pourraient être formées à se faire manger spécifiquement par les bonnes personnes et à les intoxiquer, devenant une arme redoutable entre les mains des services secrets… Décidément, ce métier a de beaux jours devant lui…