Archive for janvier, 2010

23rd janvier
2010
written by Donio

Je triche un peu pour ce texte puisque l’essentiel est de la plume habile d’Arlequin à qui j’ai redonné le brouillon d’histoire que je n’arrivais pas à faire avancer, mais je me suis dit que je pourrais toujours tenter de lui voler une partie de sa gloire et renvoyer quelques un de mes (rares) visiteurs sur son blog. On trouve les excuses qu’on peut.


Valerius souffla. Tout le rude entrainement qu’il suivait à longueur d’année lui permettait d’avoir une endurance supérieure à la moyenne, mais il travaillait quand même plus la force et l’explosivité que le fond, et ça commençait à se ressentir. Combien avait-il fait d’appartements aujourd’hui ? Combien de portes ? Combien de rues depuis qu’il était parti avec sa petite charrette ce matin ? Combien de montées et de descentes sur les pentes des sept collines de Rome ? Si sa tête n’en avait aucune idée, ses mollets et ses bras commençaient à lui faire savoir que ce nombre flou augmentait trop vite. Il lui faudrait une pause, mais d’abord il devait encore arriver à vendre un peu plus de ses bibelots.

Toc toc toc
« Ah, madame, bonjour. Ce sont les gladiateurs.
- Oui ?
- Et bien nous vendons ces calendriers pour les étrennes, pour pouvoir fêter la nouvelle année.
- Et il y a quoi sur ces calendriers ?
- Des images de nous. Dans le feu de l’action, ou alors dans nos caveaux sous le cirque.
- Vous n’avez pas des calendriers avec des animaux plutôt ?
- Ah non madame, ce sont plutôt les montreurs d’ours qui ont ça. Quoique, il doit y avoir une gravure ici de Caïus se faisant dévorer par un lion… Mais j’ai aussi une collection de poteries avec les animaux les plus féroces du cirque : lions, panthères, léopards, gazelles, et même un éléphant !
- Je ne sais pas trop jeune homme…
- Si vous nous prenez le calendrier, il vous font une remise à la buvette du cirque vous savez ?
- Non désolé, je voulais un calendrier avec des animaux. Au revoir ! »

C’était toujours comme ça… Les vestales étaient passées avant, les gens avaient déjà donné dans l’urne à la sortie du cirque, les jeux ne les intéressaient pas… Alors que faisaient-ils au Cirque ? Agacé, Valerius enragea : il devait bien y avoir un moyen d’écouler sa marchandise ! Les vestales étaient de photogéniques vierges aguichantes, mais Valerius et ses collègues avaient, eux aussi, des atouts avec leurs corps musculeux et leurs conduites héroïques ! Alors ? Où était le problème ? Peut-être les cicatrices ? Valerius interrompit ses réflexions en se faisant bousculer par un homme bougon qui arrivait en sens inverse. Il leva les yeux et fut stupéfait de voir un magistrat maigrelet tenant en main une charrette surchargée. Le gladiateur s’écarta. L’individu en uniforme passa en bougonnant, lui grilla la politesse en bougonnant et opéra sous son nez :

Toc toc toc
« Bonjour madame. Ce sont les questeurs !
- Oui ?
- Nous vendons ces magnifiques calendriers pour fêter la nouvelle année ! Regardez ! Voici votre nouvelle administration avec consuls et proconsuls, questeurs, censeurs, édiles et tribuns, le tout de la glaciale Calédonie à la brûlante Bithynie ! Vous avez une préférence, ma petite dame ?
- Vous n’en auriez pas avec des animaux, plutôt ?
- Attendez. Sur cette plaque de bronze, je conduis un attelage de chevaux sur une dangereuse route de Campanie pour lever l’impôt ! Regardez ! A l’arrière plan, il y a des gladiateurs révoltés !
- Peut-être, jeune homme… mais je trouve que la gravure laisse à désirer.
- Si vous m’en prenez un, je vous ferais une réduction d’impôt en conséquence, vous savez ?
- Je le prends, mais c’est parce que c’est vous ! Voilà vos sesterces. Au revoir ! »

Valerius n’avait rien perdu de l’échange ! Il bouillait… On pouvait se servir des gladiateurs pour amuser la population, pas pour l’apeurer ! C’était révoltant ! Mais on ne touche pas à un magistrat de Rome. Pourtant, il fallait reconnaître que ce questeur avait un bel argument de vente : la réduction d’impôt était alléchante ! La concurrence était déloyale, pourtant il fallait bien que les gens comprennent. Si les calendriers n’étaient pas vendus, il y aurait moins de prix pour les glorieux gladiateurs : Comme Valerius, chacun rêvait d’avoir son amphore d’huile et ses lauriers… Enfin, aux vues des résultats des ventes, les gladiateurs perdraient en motivation et le spectacle serait moins beau. Il fallait à tout prix vendre cette pacotille !

Valerius se remit en marche, emprunta maintes rues étroites et tortueuses pour finalement déboucher près du Forum où des concurrents insoupçonnés l’attendaient : Des clients des nobles distribuaient des calendriers aux habitants : « ce petit objet aux normes du nouveau calendrier Julien vous est gracieusement offert par la famille Pompeia ! » Cette générosité parvint bon gré mal gré dans la charrette de Valerius en plusieurs exemplaires ! Les citoyens ne pouvaient que reconnaître l’écrasante magnificence du grand Pompée ; ici luttant contre les Parthes ; là luttant contre Spartacus. La concurrence était vraiment déloyale ! C’était révoltant ! Quelques rues plus loin, la charrette de Valerius fut encore alourdie par les petites libéralités de la famille « Julia » qui mettait en avant les exploits de Jules Cesar… Par Jupiter ! Il faudrait balancer tout ça dans le Tibre et basta ! Sur le chemin du retour, Valerius remarqua un étalage où les citoyens, les mains pleines de calendriers, faisaient la queue pour en acheter d’autres ! Quel était le secret de ce commerçant ?

« Bonjour. Détendez-vous et rendez grâce au Dieu Bacchus avec cette coupe de vin de Sicile.
- Heu… Je vous remercie. A Bacchus !
- Bacchus vous fait profiter de notre offre : un verre bu, un calendrier offert ! C’est pour vous !
- Je le prend, mais c’est parce que c’est vous. On vous a déjà dit que vous aviez de beaux yeux ? »

Valerius repartit un peu plus tard, un peu plus entiché et un peu plus joyeux que prévu malgré une facture salée et six calendriers supplémentaires sur les bras. Il venait de se faire rouler par une ravissante Bacchante. Il fallait maintenant rattraper le retard et vendre ses satanés bibelots !

Toc toc toc
« Oui ?
- Bonjour monsieur, c’est les gladiateurs…
- Ah non ! J’ai déjà donné !
- Vous ne me prendriez pas une ou deux poteries ? S’il vous plaît… Vous feriez une grande action !
- Allons ! Après les allègements d’impôts, les bienfaits des dieux, que puis-je gagner avec vous ?
- Une remise à la buvette du cirque… Avec les fonds récoltés, nous espérons payer les prix que mes collègues et moi-même remporterons au cours de l’année !
- Je vois. Bon, vous avez quoi comme modèle ?
- Que diriez-vous d’un gladiateur célèbre et courageux ? Que diriez-vous de Spartacus ?
Vlam !

Valerius se maudit ! Spartacus était beau, fort et courageux… mais terrorisait Rome. Il représentait l’idéal à atteindre pour beaucoup de gladiateurs. Ce Romain avait insulté sa mémoire ! C’était révoltant ! Il regarda sa charrette, écouta son coeur de gladiateur révolté et pensa à Spartacus :

Toc toc toc
« Oui ?
- Bon, tu vas m’acheter quelques petites choses ou je te ferais goûter le sort des gladiateurs vaincus !
- A la garde ! A la garde ! A moi ! C’est un gladiateur révolté !
- Mais qu’est-ce que c’est que tout ce cirque ? Au nom de Rome, je vous arrête ! »

Valerius se laissa désarmer. Il était un gladiateur, pas un assassin. Les Romains le comprendraient-ils un jour ? Il fut condamné à se battre dans le Cirque jusqu’à ce que mort s’en suive. Il pensa à Spartacus et se défendit fort bien. Il servit même de modèle dans des calendriers : on peut l’y voir se faire dévorer par un lion. Telle était la gloire des dieux du stade et la renommée des jeux du Cirque.

17th janvier
2010
written by Donio

Ça s’est un peu calmé depuis que le sommet de Copenhague est passé, mais quand même, qu’est-ce qu’on peut nous rabâcher comme propagande sur le réchauffement climatique… Et que les Pays-Bas seront engloutis sous les eaux, et que la France sera un désert, et que les pôles vont fondre, et que la canicule frappera tous les étés pour compenser les blizzards en hiver… Alors que franchement on s’en branle de tout ça : que les manchots n’aient plus d’habitat n’empêchera personne de dormir, au pire on leur construira des niches au fond de nos jardins, et pendant ce temps là on ne se ruinera plus en couettes, tout au pire en moustiquaires. A l’inverse, la tendance actuelle permet d’espérer tourner bientôt un remake de Bay Watch à Calais et de transformer Lille en Houston européen. Non, non, je vous le dis : le réchauffement climatique a aussi du bon…

Tenez, un exemple simple : vous connaissez tous cette déclaration de Malraux qui, dans un délire opiacé, avait déclaré un jour « le 21e siècle sera spirituel ». Quand on est capable d’écrire des pavés indigestes avec des noms pompeux comme ‘la Condition Humaine’, on est prêt à dire n’importe quelle connerie, mais là il faut avouer qu’il a su jouer sur les instincts primaires et qu’il a redonné espoir à pas mal de ces gens à l’esprit très étroit. Et que constate-t-on ? Que le monde porte en effet une calotte ! Qu’une chape glacée couronne la tête du monde et emprisonne les consciences ! Et bien foutrebleu, c’est le moment de se débarrasser une bonne fois pour toutes de tous ces fichus calotins, et de faire disparaître le couvre-chef, symbole immonde de cette corruption des esprits. Je vous le dit, la fonte de la calotte glaciaire est un augure des plus heureux !

Mais je vous sens réticents à cet argument, on ne trouve plus assez d’anticléricaux de nos jours pour que ça porte… Voyons les choses autrement : on nous parle toujours de la montée des eaux et de l’immersion probable de la Hollande. Sans vouloir apporter de l’eau à leur moulin, c’est en effet un problème grave. Mais d’un autre côté, l’implantation déjà forte des éoliennes sur place permettrait d’obtenir un important parc d’éoliennes maritimes dont tous les écologistes s’accordent à dire qu’elles sont beaucoup plus efficaces car les vents soufflent plus fort en mer. Nous assistons donc à un phénomène très intéressant d’autorégulation, puisque la pollution permettra une augmentation naturelle de la production d’énergie verte, ce qui stabiliserait la montée des eaux sans qu’on ait besoin de s’en soucier. La perte de quelques terres arables est donc un épiphénomène, ce que les militaires appellent sobrement des « dégâts collatéraux ». Après tout, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…

Attaquons nous enfin à l’argument choc des bien-pensants qui luttent contre notre droit à un peu de chaleur : la disparition des ours blancs. D’un côté on nous dit que leur habitat est déjà condamné, d’un autre côté qu’il faut toujours les sauver. Alors on fait quoi ? On les accueille en ville ? Sympas comme voisins… Imaginez seulement…
- Euh… Bonjour voisin.
- Grouar.
- Oui, je euh… Joli temps hein ?
- Grrrrrrrrrr !
- Ah ! Oui ! Bien sûr ! Cette chaleur n’est pas très bonne pour vous, haha ! Hrrm…
- Grrrrrrr…
- Oui, euh… En fait je venais vous voir parce que ma femme… Enfin, vous connaissez les femmes hein ? Ca trouve toujours un truc à redire. Et bien là, sauf votre respect, elle aimerait que vous… euh… que vous essuyiez mieux vos pattes sur le paillasson en bas de l’immeuble, parce que quand elle cire le parquet de l’escalier… Et que vous vous coupiez les griffes aussi parce que ça fait des rayu…
- GRRRRRRR !
- Ah non ! En effet, vues de plus près elles m’ont l’air d’être euh… d’une taille parfaite ! Parfaite… Bon… Je vais devoir vous laisser je crois… Je… Au revoir voisin, au… au plaisir.

Bon, soyons raisonnables, tout ceci ne tient pas debout. Par ailleurs imaginez plutôt comme il serait drôle que la France se transforme en désert tandis que le Sahara fleurirait. Enfin je pourrais à titre personnel réaliser quelques vieux fantasmes : élever des gnous dans mon jardin, produire de la boukha en banlieue parisienne, m’amuser des contorsions pittoresques de pangolins dans less parcs naturels… Non, vraiment, croyez-moi : le réchauffement climatique apportera trop de joyeux bordel pour qu’on s’embête à le proscrire.

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