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7th mars
2010
written by Donio

Alors que se tient cette année la coupe du monde de football en Afrique du Sud, il est temps de lever un peu le voile sur un aspect souvent méprisé de ce sport : le supportisme. Le supportisme est le sport pratiqué par les supporters. Le nom « supporter » vient du japonais « suppoleuteule » qui signifie « sportif ». On pense ce terme inspiré de l’anglais ; les lexicologues penchent pour une japonisation de « sporter », dérivé de sport. Les japonais parlent parfois aussi bien anglais que moi japonais. Quand au choix d’un vocable japonais pour désigner cette discipline, il semblerait que ça soit du à un fort attachement des pratiquants à Toyota, autant pour son rôle de sponsor de nombreux clubs concurrents que pour l’image véhiculée d’une marque qui fonce toujours pied au plancher. Car un supporter ne se laisse arrêter par rien.

Comme on le voit, le supporter a la prétention de faire du sport, ce qui est en complète contradiction avec l’image qu’en renvoient traditionnellement les médias. On a bien sûr tous en tête l’image du veau affalé devant sa télé, bière à la main et chips à portée de main sur la table basse, en partie dans un bol posé là à cet effet, en partie répandues en miettes par les postillons accompagnant les éructations lors des actions un peu plus mouvementées que la moyenne ou lors des décisions forcément iniques de l’arbitre. Cette image est fausse, du moins du point de vue d’un vrai supporter.

Déjà le vrai supporter ne regarde pas les matches à la télé : il y assistera sur place. Mais avant ça, chaque match est un évènement qui se prépare par des entrainements en cours de semaine, un briefing tactique avec le chef du groupe, et une préparation du matériel qui sera utilisé pendant le match. Cette préparation est essentielle pour bien appréhender le début du match et partir dans un bon rythme. Car au football comme dans la vraie vie, ce sont les gens les moins bien payés qui en font le plus, et contrairement aux joueurs qui touchent plus d’argent que de ballons, les supporters ont un rôle décisif dans le match ; la responsabilité de la victoire comme de la défaite leur revient, quoique pour la défaite les joueurs, l’entraineur et le président du club portent une part non négligeable de la faute.

Après une défaite, le supporter doit encore travailler, et dans une logique de remise en question il reprend tout de suite le travail physique, sans doute dans une sorte de décrassage qui permettra de bien préparer la prochaine rencontre. Dans les faits, bien souvent il court, soulève des barrières et des voitures, casse des vitrines (ce qui demande beaucoup plus d’efforts qu’on ne croit), et peut même aller jusqu’à prouver sa force en s’attaquant à des bus ou des rames de TGV. Enfin rassuré sur sa capacité à tenir le coup, il peut préparer le prochain match.

Il est bien évidemment plus facile pour des supporters de jouer à domicile : non seulement ils connaissent mieux le terrain (et surtout les gradins), mais surtout ils peuvent plus facilement développer la logistique particulière à un match de supporters de foot. De plus, il est évident que dans une compétition où il s’agit de railler subtilement l’adversaire – souvent en mettant en cause sa virilité ou bien en évoquant des situations incongrues mettant en cause leur ascendance dans des endroits censés être représentatifs du lieu d’origine des supporters adverses (1) – l’avantage numérique conféré par le fait de jouer dans sa ville est toujours un plus appréciable.

Des tentatives nombreuses ont été faites par les vrais supporters d’attirer un peu de lumière vers leur travail de fond, afin que leurs efforts soient enfin reconnus et qu’une fédération encadrée par le ministre des sports et de la jeunesse puisse voir le jour. Mais malgré une obstination louable, ils ne sont que trop rarement remarqués par les arbitres, trop occupés à regarder ces paresseux de joueurs pour vraiment chercher à compter les points dans les tribunes. Les arbitres sont malgré tout obligés parfois d’intervenir lorsqu’une infraction au règlement est observée : lancement de fumigènes, intrusion dans le camp des supporters adverses (aussi appelée passage en zone), lancement de projectiles sur la pelouse (qui est hors-jeu pour les supporters)… Les supporters marquent alors généralement leur joie d’avoir été remarqués par des messages d’encouragement à l’arbitre et des conseils de santé (2).

Ceci dit, cette relative indifférence rend assez difficile le départage des supporters lors des grandes confrontations et a toujours nui aux tentatives d’organiser des coupes du monde des supporters, leurs résultats étant occultés par ceux des matches. Mais dans le triste monde où nous vivons, seuls les riches décident des résultats, qui va s’inquiéter des efforts de ces travailleurs de l’ombre tant qu’ils continuent de payer leurs places pour les matches ?

(1) Par exemple, on répondra un gouailleur « Marseillais, nique ta mère sur la Cannebière ! » à l’inénarrable « Paris, on t’encule ! »
(2) La formule la plus courante est « Aux chiottes l’arbitre ! », version colorée du traditionnel « Ca va ? »