Coupaings
Je triche un peu pour ce texte puisque l’essentiel est de la plume habile d’Arlequin à qui j’ai redonné le brouillon d’histoire que je n’arrivais pas à faire avancer, mais je me suis dit que je pourrais toujours tenter de lui voler une partie de sa gloire et renvoyer quelques un de mes (rares) visiteurs sur son blog. On trouve les excuses qu’on peut.
Valerius souffla. Tout le rude entrainement qu’il suivait à longueur d’année lui permettait d’avoir une endurance supérieure à la moyenne, mais il travaillait quand même plus la force et l’explosivité que le fond, et ça commençait à se ressentir. Combien avait-il fait d’appartements aujourd’hui ? Combien de portes ? Combien de rues depuis qu’il était parti avec sa petite charrette ce matin ? Combien de montées et de descentes sur les pentes des sept collines de Rome ? Si sa tête n’en avait aucune idée, ses mollets et ses bras commençaient à lui faire savoir que ce nombre flou augmentait trop vite. Il lui faudrait une pause, mais d’abord il devait encore arriver à vendre un peu plus de ses bibelots.
Toc toc toc
« Ah, madame, bonjour. Ce sont les gladiateurs.
- Oui ?
- Et bien nous vendons ces calendriers pour les étrennes, pour pouvoir fêter la nouvelle année.
- Et il y a quoi sur ces calendriers ?
- Des images de nous. Dans le feu de l’action, ou alors dans nos caveaux sous le cirque.
- Vous n’avez pas des calendriers avec des animaux plutôt ?
- Ah non madame, ce sont plutôt les montreurs d’ours qui ont ça. Quoique, il doit y avoir une gravure ici de Caïus se faisant dévorer par un lion… Mais j’ai aussi une collection de poteries avec les animaux les plus féroces du cirque : lions, panthères, léopards, gazelles, et même un éléphant !
- Je ne sais pas trop jeune homme…
- Si vous nous prenez le calendrier, il vous font une remise à la buvette du cirque vous savez ?
- Non désolé, je voulais un calendrier avec des animaux. Au revoir ! »
C’était toujours comme ça… Les vestales étaient passées avant, les gens avaient déjà donné dans l’urne à la sortie du cirque, les jeux ne les intéressaient pas… Alors que faisaient-ils au Cirque ? Agacé, Valerius enragea : il devait bien y avoir un moyen d’écouler sa marchandise ! Les vestales étaient de photogéniques vierges aguichantes, mais Valerius et ses collègues avaient, eux aussi, des atouts avec leurs corps musculeux et leurs conduites héroïques ! Alors ? Où était le problème ? Peut-être les cicatrices ? Valerius interrompit ses réflexions en se faisant bousculer par un homme bougon qui arrivait en sens inverse. Il leva les yeux et fut stupéfait de voir un magistrat maigrelet tenant en main une charrette surchargée. Le gladiateur s’écarta. L’individu en uniforme passa en bougonnant, lui grilla la politesse en bougonnant et opéra sous son nez :
Toc toc toc
« Bonjour madame. Ce sont les questeurs !
- Oui ?
- Nous vendons ces magnifiques calendriers pour fêter la nouvelle année ! Regardez ! Voici votre nouvelle administration avec consuls et proconsuls, questeurs, censeurs, édiles et tribuns, le tout de la glaciale Calédonie à la brûlante Bithynie ! Vous avez une préférence, ma petite dame ?
- Vous n’en auriez pas avec des animaux, plutôt ?
- Attendez. Sur cette plaque de bronze, je conduis un attelage de chevaux sur une dangereuse route de Campanie pour lever l’impôt ! Regardez ! A l’arrière plan, il y a des gladiateurs révoltés !
- Peut-être, jeune homme… mais je trouve que la gravure laisse à désirer.
- Si vous m’en prenez un, je vous ferais une réduction d’impôt en conséquence, vous savez ?
- Je le prends, mais c’est parce que c’est vous ! Voilà vos sesterces. Au revoir ! »
Valerius n’avait rien perdu de l’échange ! Il bouillait… On pouvait se servir des gladiateurs pour amuser la population, pas pour l’apeurer ! C’était révoltant ! Mais on ne touche pas à un magistrat de Rome. Pourtant, il fallait reconnaître que ce questeur avait un bel argument de vente : la réduction d’impôt était alléchante ! La concurrence était déloyale, pourtant il fallait bien que les gens comprennent. Si les calendriers n’étaient pas vendus, il y aurait moins de prix pour les glorieux gladiateurs : Comme Valerius, chacun rêvait d’avoir son amphore d’huile et ses lauriers… Enfin, aux vues des résultats des ventes, les gladiateurs perdraient en motivation et le spectacle serait moins beau. Il fallait à tout prix vendre cette pacotille !
Valerius se remit en marche, emprunta maintes rues étroites et tortueuses pour finalement déboucher près du Forum où des concurrents insoupçonnés l’attendaient : Des clients des nobles distribuaient des calendriers aux habitants : « ce petit objet aux normes du nouveau calendrier Julien vous est gracieusement offert par la famille Pompeia ! » Cette générosité parvint bon gré mal gré dans la charrette de Valerius en plusieurs exemplaires ! Les citoyens ne pouvaient que reconnaître l’écrasante magnificence du grand Pompée ; ici luttant contre les Parthes ; là luttant contre Spartacus. La concurrence était vraiment déloyale ! C’était révoltant ! Quelques rues plus loin, la charrette de Valerius fut encore alourdie par les petites libéralités de la famille « Julia » qui mettait en avant les exploits de Jules Cesar… Par Jupiter ! Il faudrait balancer tout ça dans le Tibre et basta ! Sur le chemin du retour, Valerius remarqua un étalage où les citoyens, les mains pleines de calendriers, faisaient la queue pour en acheter d’autres ! Quel était le secret de ce commerçant ?
« Bonjour. Détendez-vous et rendez grâce au Dieu Bacchus avec cette coupe de vin de Sicile.
- Heu… Je vous remercie. A Bacchus !
- Bacchus vous fait profiter de notre offre : un verre bu, un calendrier offert ! C’est pour vous !
- Je le prend, mais c’est parce que c’est vous. On vous a déjà dit que vous aviez de beaux yeux ? »
Valerius repartit un peu plus tard, un peu plus entiché et un peu plus joyeux que prévu malgré une facture salée et six calendriers supplémentaires sur les bras. Il venait de se faire rouler par une ravissante Bacchante. Il fallait maintenant rattraper le retard et vendre ses satanés bibelots !
Toc toc toc
« Oui ?
- Bonjour monsieur, c’est les gladiateurs…
- Ah non ! J’ai déjà donné !
- Vous ne me prendriez pas une ou deux poteries ? S’il vous plaît… Vous feriez une grande action !
- Allons ! Après les allègements d’impôts, les bienfaits des dieux, que puis-je gagner avec vous ?
- Une remise à la buvette du cirque… Avec les fonds récoltés, nous espérons payer les prix que mes collègues et moi-même remporterons au cours de l’année !
- Je vois. Bon, vous avez quoi comme modèle ?
- Que diriez-vous d’un gladiateur célèbre et courageux ? Que diriez-vous de Spartacus ?
Vlam !
Valerius se maudit ! Spartacus était beau, fort et courageux… mais terrorisait Rome. Il représentait l’idéal à atteindre pour beaucoup de gladiateurs. Ce Romain avait insulté sa mémoire ! C’était révoltant ! Il regarda sa charrette, écouta son coeur de gladiateur révolté et pensa à Spartacus :
Toc toc toc
« Oui ?
- Bon, tu vas m’acheter quelques petites choses ou je te ferais goûter le sort des gladiateurs vaincus !
- A la garde ! A la garde ! A moi ! C’est un gladiateur révolté !
- Mais qu’est-ce que c’est que tout ce cirque ? Au nom de Rome, je vous arrête ! »
Valerius se laissa désarmer. Il était un gladiateur, pas un assassin. Les Romains le comprendraient-ils un jour ? Il fut condamné à se battre dans le Cirque jusqu’à ce que mort s’en suive. Il pensa à Spartacus et se défendit fort bien. Il servit même de modèle dans des calendriers : on peut l’y voir se faire dévorer par un lion. Telle était la gloire des dieux du stade et la renommée des jeux du Cirque.
23 avril 2009
Dans la banlieue où qu’il fait nuit
Près du lapin d’Pâques traine un œuf,
Youri dort tranquillement chez lui
Dans la maternité les mômes poussent des cris
Ca y est j’ai planté le décor, créé l’climat de ma chanson
Ca sent la sueur ça pue encore, mais si on aère ça sera bon
Voici l’histoire proprement dite
Voici l’intrigue de ce portrait
Dans le lit Cilou s’agite
Y a un truc qui r’mue dans son ventre
Dans le lointain les bourgeois dorment comme des cons.
Quand soudain survient le drame
Pendant leur sommeil agité
Il y a un truc qui mouille les draps
Vite tous à la maternité.
C’est ainsi que le petit Armand a annoncé vers 5h du matin à ses parents sa venue prochaine. Hélas, s’il a été prompt à se signaler, il a déjà manifesté de son tempérament indépendant, voire rebelle, dès les premières heures de sa vie : malgré les efforts nombreux de sa mère et du personnel accompagnant, il s’est accroché fermement à son petit nid douillet.
A vrai dire, on soupçonne aussi dans cette posture un début d’attachement à des valeurs familiales, notamment la lecture de BD : il se serait pris pour Spiderman et aurait tenu à jouer son rôle jusqu’au bout. Son papa témoigne : « Quand il est sorti, il était rouge et bleu. ».
Après plusieurs heures de ce petit jeu, il faut le faire sortir de force : les autorités font le forcing et le délogent de son squat aux alentours de 9h06 du soir (ou pas trop longtemps après, mais je ne crois pas que les médecins auraient raté l’heure de l’apéro). La naissance est une réussite, le papa a souffert mais est indemne.
On en sait pour le moment très peu sur sa vie future, mais nous avons demandé à Mr N’Bakébaké, grand voyant médium résout tous vos problèmes de cœur et aussi d’éjaculation précoce de nous prédire l’avenir de cet enfant. Voici ce que lui promettent les astres et les quelques ancêtres interrogés qui ont accepté de répondre:
- « Il ne sera pas chanteur de punk » Ouf…
- « Il deviendra champion de France du jeu de cartes WOW à 13 ans » P’tit con !
- « Il inventera son propre jeu à 15 ans » La dépravation n’attend pas…
- « Il venait d’avoir 18 ans, c’était le plus bel argument… » Mais qui a laissé Dalida parler ?!? Faites la taire !!!
Bon, ça va aller avec les prédictions, la prochaine on pourrait tomber sur une méchante marraine sorcière qui voudrait le faire mourir à 18 ans. Tiens, pour la peine je vais conclure et souhaiter au papa de bien se remettre de toutes ces difficultés. Quoi ? Ah oui… à la maman aussi…
