Livres et Bd

10th novembre
2008
written by Donio

Ça doit être l’influence de l’automne et de ce temps pourri qui nous empêche de sortir, mais en ce moment je retrouve l’envie de lire. Alors comme j’y ai été doucement pendant l’été, je reprends en douceur avec des lectures plus faciles, le plus souvent des bouquins que j’ai déjà lus et appréciés mais dont j’ai oublié l’essentiel. Ça m’aide à me remettre en… Non, pas en jambes, mettons en globes oculaires. C’est dans ce contexte que j’ai eu envie de ressortir un bouquin qui m’avait marqué petit et dont j’ai eu l’occasion de reparler récemment : l’incroyable équipée de Phosphore Noloc de Pierre Gripari.

Alors Pierre Gripari vous devez sans doute connaitre : c’est l’auteur des contes de la rue Broca, de petits contes aussi amusants les uns que les autres dont les plus connus sont La sorcière de la rue Mouffetard et Le gentil petit diable, des histoires dans lesquelles on peut demander au héros d’aller Je-ne-sais-où chercher Je-ne-sais-qui pour qu’il lui donne Je-ne-sais-quoi. Enfin je ne vais pas m’appesantir dessus, ce n’est pas le sujet de cet article, je voulais juste que vous voyez de quel bonhomme on parle.

Il est très difficile de parler de cette histoire sans dévoiler des choses qui vous gâcheraient le plaisir de la découverte, mais je vais tenter de vous planter le décor sans entrer dans les détails. Le narrateur (dont on ne saura jamais le nom) s’embarque avec un de ses amis pour une croisière à bord d’un paquebot de plaisance : le Beaugency. Il apparaitra assez vite que ce bateau ne rejoindra jamais les Canaries comme initialement prévu, il sera détourné et servira à la démonstration d’un des plus gros mensonges de l’Histoire de l’Humanité. Je ne peux pas vous dire lequel (oui, je suis un cachotier), mais je peux vous dire que ça concerne les Amériques.

En chemin ils croiseront Dieu (µ), une révolution communiste des enfants (%), un poisson- fumée (/) et bien d’autres merveilles encore. Celui-qui-dit-je, un jeune homme de seize ans à l’époque des faits relatés, racontera toute cette histoire sur un ton faussement naïf et assortira le récit de petits clichés avec lesquels l’auteur prend sa distance dès le début pour les laisser à son personnage. Un exemple :

« Vous avez une bonne gueule. Vous me plaisez. D’abord vous avez le bout du nez rond, comme une petite pomme de terre, c’est un signe de bonté. Et puis vous avez le regard vif, les yeux qui brillent… Vous devez aimer vachement les femmes, vous… – Non ? Tiens, vous m’étonnez… »

Vous noterez au passage que ce livre est daté de mars 1964, il y a presque 45 ans, d’où quelques réactions auxquelles on ne s’attendraient plus aujourd’hui. Plutôt que de vous faire part de la singulière amitié du narrateur envers les nègres ($), j’ai préféré vous rajouter un autre extrait :

- Dites moi, monsieur le Commissaire, il n’y a pas de prêtre à bord ?
Le commissaire s’excuse : il n’y a, en effet, pas de prêtre parmi les passagers.
- Pas d’aumônier du bord non plus ?
Le Commissaire s’excuse derechef. Non plus. Hélas.
- Mais vous vous rendez compte, monsieur le Commissaire ! Et la Semaine sainte, encore !
Le Commissaire de bord se rend compte. La dame ajoute :
- Le péché retombera sur la Compagnie !
Le Commissaire répond, le plus sérieusement du monde, que c’est bien entendu. En cas de naufrage, la responsabilité des passagers chrétiens est couverte. C’est la Cigale qui ira en enfer.

Je ne sais vraiment plus quoi dire pour vous donner envie de vous ruer chez votre libraire pour l’acheter sans dévoiler inutilement les rebondissements de l’histoire, je vais donc me contenter de vous répéter que j’ai adoré et que je ne vois pas de raison pour que vous n’aimiez pas, vous.

(µ) Même s’Il semble en fait être une vieille noire.
(%) Mais sans empereur Tomato-Ketchup cette fois.
(/) Et non pas fumé, et encore moins fermenté, rien à voir avec du saumon fumé ni du surströmming donc.
($) Ça se disait encore à l’époque, et je crois que ça étonnait encore de s’inquiéter de leur avis sur la question, comme sur toute autre question d’ailleurs.

18th août
2008
written by Donio

Je ne sais pas trop comment aborder la présentation de cette histoire, mais comme ça fait plusieurs fois que j’en parle récemment et que ça reste un de mes bouquins cultes, il fallait bien que je me jette à l’eau, donc voilà.

Cette histoire, d’abord, c’est celle du magicien Woland et de ses acolytes, ou sa troupe si on veut. Il se présente comme magicien spécialiste de la magie noire, mais ses spectacles de magie sont… hmmmm… particuliers… Il faut dire aussi que Woland n’est qu’un pseudonyme sous lequel se cache le diable, et que s’il maitrise bien le sujet de la magie, il a un humour en décalage avec celui de son public moscovite. Lui et sa troupe vont se donner un malin plaisir à semer la zizanie dans le Moscou terne et gris de la dictature Stalinienne et y insuffler le grain de folie qui y manquait pour les amuser.

Cette histoire c’est aussi celle de Marguerite, après tout son nom figure dans le titre contrairement à celui du diable. Elle est jeune, belle, intelligente, et mariée à un homme également jeune, beau, riche, tendre et aimant. On s’attendrait à ce qu’elle soit heureuse, mais non. Elle aime le Maître, un obscur écrivain qui a disparu de la circulation après avoir essuyé des critiques plus que sévères sur un ouvrage qu’il avait commencé : une revisite de la fin de Jésus et sur les rapports qu’il entretenait avec Ponce Pilate.

Et justement, cette histoire c’est aussi le roman du Maître, c’est la rencontre entre un Ponce Pilate qui doute, qui déteste Jérusalem, et qui va tomber sous le charme de ce singulier prisonnier qu’on lui amène : Yeshoua. Poussé par le peuple, il va devoir annoncer à contre cœur son exécution, alors qu’il voulait le garder près de lui.

Vous devez commencer à vous demander comment il est possible de jongler entre toutes ces histoires sans s’y perdre. C’est un peu confus au début, mais tout se recoupe très bien, et donne un mélange très dynamique et assez jouissif quand on suit les débordements successifs de la petite troupe du Diable et le renversement des valeurs morales de Marguerite et du Maître. Car on est pris d’élans irrésistibles de sympathie pour cette bande de vauriens qui sème pourtant la mort, la destruction et la folie derrière elle, mais toujours avec humour et originalité. Je m’étais promis après la lecture de ce livre que si j’avais jamais un chat noir je l’appellerais Béhémot en hommage à celui de l’histoire. Et je ne le dis pas trop fort parce que c’est un truc de filles, mais c’est aussi quelque part une belle histoire d’amûûr.

Ce livre, écrit sous le stalinisme et largement censuré à l’époque de l’auteur, dénonce les absurdités du système, l’engoncement des gens dans une société sans rêves, aux valeurs morales strictes et absconses. Mais si ce livre est critique, il n’est jamais lourd dans sa forme. Les premières fois que je l’ai lu, vers les 13-14 ans, je n’avais qu’une idée très vague du contexte, et je m’étais juste laissé porter par l’histoire. Ce n’est que lors de lectures plus tardives, tandis que mes connaissances en matière d’histoire me permettaient de mieux l’appréhender, que j’ai mieux saisi les implications de ce livre et les raisons de sa censure. Je le recommande donc autant aux gens qui veulent passer un bon moment de détente qu’à ceux qui voudraient lire une version plus moderne de Faust.

Si une fois que vous l’avez lu vous voulez en savoir plus sur le contexte, les choix de l’auteur, ou que vous voulez une fiche de lecture, vous pouvez jeter un œil sur l’excellent site qui est dédié au livre.

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