Livres et Bd

18th août
2008
written by Donio

Je ne sais pas trop comment aborder la présentation de cette histoire, mais comme ça fait plusieurs fois que j’en parle récemment et que ça reste un de mes bouquins cultes, il fallait bien que je me jette à l’eau, donc voilà.

Cette histoire, d’abord, c’est celle du magicien Woland et de ses acolytes, ou sa troupe si on veut. Il se présente comme magicien spécialiste de la magie noire, mais ses spectacles de magie sont… hmmmm… particuliers… Il faut dire aussi que Woland n’est qu’un pseudonyme sous lequel se cache le diable, et que s’il maitrise bien le sujet de la magie, il a un humour en décalage avec celui de son public moscovite. Lui et sa troupe vont se donner un malin plaisir à semer la zizanie dans le Moscou terne et gris de la dictature Stalinienne et y insuffler le grain de folie qui y manquait pour les amuser.

Cette histoire c’est aussi celle de Marguerite, après tout son nom figure dans le titre contrairement à celui du diable. Elle est jeune, belle, intelligente, et mariée à un homme également jeune, beau, riche, tendre et aimant. On s’attendrait à ce qu’elle soit heureuse, mais non. Elle aime le Maître, un obscur écrivain qui a disparu de la circulation après avoir essuyé des critiques plus que sévères sur un ouvrage qu’il avait commencé : une revisite de la fin de Jésus et sur les rapports qu’il entretenait avec Ponce Pilate.

Et justement, cette histoire c’est aussi le roman du Maître, c’est la rencontre entre un Ponce Pilate qui doute, qui déteste Jérusalem, et qui va tomber sous le charme de ce singulier prisonnier qu’on lui amène : Yeshoua. Poussé par le peuple, il va devoir annoncer à contre cœur son exécution, alors qu’il voulait le garder près de lui.

Vous devez commencer à vous demander comment il est possible de jongler entre toutes ces histoires sans s’y perdre. C’est un peu confus au début, mais tout se recoupe très bien, et donne un mélange très dynamique et assez jouissif quand on suit les débordements successifs de la petite troupe du Diable et le renversement des valeurs morales de Marguerite et du Maître. Car on est pris d’élans irrésistibles de sympathie pour cette bande de vauriens qui sème pourtant la mort, la destruction et la folie derrière elle, mais toujours avec humour et originalité. Je m’étais promis après la lecture de ce livre que si j’avais jamais un chat noir je l’appellerais Béhémot en hommage à celui de l’histoire. Et je ne le dis pas trop fort parce que c’est un truc de filles, mais c’est aussi quelque part une belle histoire d’amûûr.

Ce livre, écrit sous le stalinisme et largement censuré à l’époque de l’auteur, dénonce les absurdités du système, l’engoncement des gens dans une société sans rêves, aux valeurs morales strictes et absconses. Mais si ce livre est critique, il n’est jamais lourd dans sa forme. Les premières fois que je l’ai lu, vers les 13-14 ans, je n’avais qu’une idée très vague du contexte, et je m’étais juste laissé porter par l’histoire. Ce n’est que lors de lectures plus tardives, tandis que mes connaissances en matière d’histoire me permettaient de mieux l’appréhender, que j’ai mieux saisi les implications de ce livre et les raisons de sa censure. Je le recommande donc autant aux gens qui veulent passer un bon moment de détente qu’à ceux qui voudraient lire une version plus moderne de Faust.

Si une fois que vous l’avez lu vous voulez en savoir plus sur le contexte, les choix de l’auteur, ou que vous voulez une fiche de lecture, vous pouvez jeter un œil sur l’excellent site qui est dédié au livre.

21st juillet
2008
written by Donio

En 1990 je faisais face pour la première fois à la mort, je n’oserais pas dire d’un proche, mais d’une figure tutélaire de mon enfance, d’une icône qui m’avait bercé de nombreux soirs et avait accompagné mes après midi oiseux. En 1990, mourrait Roald Dahl.

Je me suis alors pris à regretter de ne pas avoir pensé à lui écrire de son vivant. Je crois que c’est la seule personne dont je me sois jamais dit que j’aurais du lui envoyer une lettre pour lui crier mon admiration. Je ne pensais pas au fait que je n’avais pas son adresse ou qu’il ne lisait pas forcément le français, c’était une sorte de père noël pour moi : tout le monde devait savoir qui il était et où lui envoyer le courrier, il devait avoir une armée d’Oompa-Loompa pour lui traduire les fan-mails en provenance du monde entier.

Mais non, je n’ai jamais pu lui raconter les journées passées en compagnie de Charlie, Danny, Matilda, Georges et tant d’autres à subir la violence du monde des adultes et à trouver toujours des moyens astucieux et magiques de la contourner. Je n’ai pas pu lui dire combien j’étais heureux qu’il prenne enfin les enfants au sérieux et leur offre une véritable littérature et non la bouillie indigeste de bons sentiments de la comtesse de Ségur et des autres auteurs pour la jeunesse qui sévissaient avant Lui.

Car il faut le dire, il ne se moquait pas de nous : les enfants avaient des vraies réactions d’enfants dans lesquelles on pouvait se reconnaître, et un certain héroïsme à leur manière mais jamais romancé à outrance, toujours dicté par les circonstances. Les méchants, quand il y en avait, étaient souvent très bêtes et très méchants, mais on le lui pardonne car ceux qui étaient moins bêtes étaient d’autant plus terribles.

Les décors de ses histoires sont souvent un peu surréalistes ; dans ses mondes les géants n’hésitent pas à venir jusque dans les rues de Londres manger des enfants endormis, des génies du chocolat peuvent se barricader dans leur usine pour produire des bonbons dépassant l’imagination, des girafes ont le cou qui s’allonge à volonté, des pêches géantes se baladent dans la nature, et des grands-mères un peu sorcières s’y étirent inconsidérément.

Du coup les dangers sont nombreux : se faire manger par des géants, attaquer par la fameuse grand-mère, transformer en souris par des sorcières ou attraper par les cheveux et lancer à travers la cour de récréation par une directrice d’école qui fut une ancienne championne olympique du lancer de marteau sont des risques courants. Heureusement que ses héros sont toujours bien épaulés et ne sont pas à cours d’idées pour s’en sortir.

Roald Dahl c’est aussi une certaine irrévérence ; ses héros aiment se baigner dans le cambouis, ou bien n’ont pas honte de « pétiller », ce qui est bien moins vulgaire que si les bulles sortaient de l’autre coté. Il nous apprend notamment que le respect est une chose qui se gagne, et absolument pas un dû comme on tentait de nous le faire croire avant.

Bref, Roald Dahl c’est l’auteur qui le premier m’a fait découvrir l’humour grinçant, qui m’a prouvé que la noirceur pouvait prêter à rire, mais c’est aussi le poète un peu magicien qui était capable d’imaginer des mots comme frambouille et schnockombre, et de charmer toujours le lecteur en l’emmenant là où il n’aurait jamais pensé à aller. Il est toujours trop tard pour que j’écrive cette lettre, mais je compense en lisant d’autant plus ses livres.

A ce propos, quelques choix de lecture cités (peut-être) dans l’article :
- Charlie et la chocolaterie
- Le bon gros géant
- Matilda
- Sacrées sorcières
- Les deux gredins
- Tous ses autres bouquins.

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