Musique

30th octobre
2008
written by Donio

Les choses auraient elles pu se passer autrement ? L’histoire aurait-elle pu, à l’un ou l’autre de ses carrefours, prendre une direction différente ? Ou est-elle déterminée par des facteurs qui dépassent la volonté de l’homme d’exercer librement sa volonté, de faire des choix véritables ? Ce qui signifierait que, depuis le début de la vie sur terre, Napoléon était destiné à être vaincu à Waterloo, l’Angleterre à Saratoga et les mencheviks par les bolcheviks en 1917 ?

Excusez moi de citer ainsi Roy Lewis sans même tenter de le paraphraser, mais il a décrit bien mieux que je ne saurais le faire une des angoisses premières de l’humanité, un lieu commun si profondément ancré dans nos subconscients que tout le monde tente, à un moment ou à un autre, de refaire le monde. Ainsi, si les poivrots du bar PMU « au rendez vous des amis » s’interrogent sur ce que le monde aurait été si on avait voté Ségo et pas Sarko, d’autres s’interrogent sur ce qu’aurait été un monde où Kennedy, Gandhi ou encore Yitzak Rabin auraient survécu. Des figures littéraires connues se penchent sur le sujet : pour Tolstoï, l’histoire est une intégrale de petits évènements, JJG se demande ce qu’il aurait été s’il était né allemand en 17, ce salopard d’oneiros(*) se demande si Joe Dassin aurait pu faire carrière en Argentine et c’est moi qui me coltine ce sujet à la con.

Alors bon, je veux bien que ce soit une figure de proue de la chanson française, une idole inter-générationnelle, au point qu’il est devenu impossible de mettre les pieds dans une fête d’école primaire sans entendre une de ses chansons, mais son absence aurait-elle changé la face de l’histoire comme l’aurait fait le nez de Cléopâtre s’il avait été plus court ? Il est dur de répondre à cette question, étudions d’abord sa carrière pour nous en faire une idée.

Certaines mauvaises langues prétendent que son succès serait entièrement dû à son physique de jeune premier, à ce petit air de minet qui faisait craquer les filles, à ces regards coquins qu’il savait leur lancer. Je ne nierai pas que ça a dû jouer en sa faveur, et qu’il a parfaitement su en profiter, mais ne voir que ça serait complètement réducteur, il a en fait parfaitement su mener sa barque et joué en premier de la communication. En effet, l’un de ses premiers succès fût le petit pain au chocolat, que tout le monde voit comme une chanson naïve sur l’amour. C’est faux ! Cette chanson, qu’il a composée spécialement pour l’amicale des femmes de boulanger frustrée, comité de l’ombre très influent à cette époque en France, a été diffusée largement grâce à leur aide, et a ainsi pu bénéficier d’une couverture médiatique énorme qui a beaucoup contribué de son succès. Comme il avait de plus eu l’intelligence de révéler discrètement la teneur de cette chanson à Alain Afflelou quelques mois avant sa sortie, celui ci a eu tout le temps de mettre en place sa formule « Pain-pain », pendant boulanger de la fameuse « Tchin-tchin », qui offrait 6 autres paires de lunettes à 42F l’une pour l’achat d’une première paire à toute femme de boulanger, leur permettant ainsi de nourrir leurs fantasmes. Joe fût bien entendu intéressé aux bénéfices et fût doublement gagnant.

Autre chose : il n’en est pas entièrement responsable, et nul ne songe à l’en blâmer, mais il faut reconnaître qu’une bonne part de son succès vient de chansons américaines qu’il a traduites et de sa jeunesse aux États-Unis. Il a ainsi pu chanter l’Amérique, New-York ou des héros américains tout en restant crédible. Ça semble complètement ridicule maintenant, mais il faut songer qu’à l’époque les États-Unis sont encore un modèle à suivre en tout, et qu’on n’avait pas encore cette envie de se démarquer d’eux artistiquement et surtout musicalement parlant. Le pauvre Joe, pourtant fan de Brassens, a bien dû s’adapter, et faire comme ces glorieux aînés qu’étaient Johnny Halliday ou Claude François. Les grands succès de Joe sont donc soit des chansons traduites de l’américain, soit des chansons sur l’Amérique, soit quelques chansons plus ou moins locales, dont cet obscur hommage à une petite avenue parisienne qui a été popularisé plus tard par NOFX.

Maintenant, imaginons qu’au lieu d’être né américain en 1938, Joe soit né allemand en 1938 (parallèle osé je l’avoue, mais après tout s’inspirer des plus grands, comme de JJG par exemple, est une bonne façon de commencer). Lors de la fin de la guerre, ses parents, comme beaucoup de gens influents de l’Allemagne de l’époque, auraient sans doute choisi l’Argentine comme terre d’accueil, celle ci faisant preuve de plus de clémence envers eux que les tristes voisins que nous faisions. Joe aurait alors grandi dans un environnement hispanophone, et bénéficié d’éléments de culture allemande. En dehors de tout le reste, comment voulez vous, bordel, que ça puisse ressembler un seul instant à ce qu’il a fait chez nous ?!?

Mais puisqu’il faut le faire, démontons tout ce ridicule. Déjà la base de sa fortune : les petits pains au chocolat. Quand on voit que nos voisins européens sont déjà assez loin de comprendre ce que peut être un pain au chocolat, imaginer que qui que ce soit en connaisse l’existence en Argentine serait plus que risible. Exit donc la base même de sa fortune ! Mais même… Après les opérations condor, chanter l’Amérique aurait été du plus mauvais goût, quand aux chansons sur des avenues et parcs parisiens… La seule de ses chansons qui aurait pu rencontrer le succès là bas est celle qui dénonçait bravement les errances militaristes qu’on rencontrait là bas, mais y aurait-il seulement survécu ?

Non, non, décidément, s’il est vrai que Dassin rime avec argentin, je crois que dans son cas succès rimait vraiment avec français.

(*) Pour ce jeu stupide mais drôle, prenez un certain nombre de participants (une dizaine c’est pas mal par exemple), chaque participants propose autant de sujets absurdes qu’il veut, et s’engage en échange à traiter au moins l’un des sujets qui lui échouera. Un Maître du Jeu répartit les sujets entre les participants, et pouf… Vous pouvez vous retrouver à écrire sur Joe Dassin. Le type qui a trouvé ce sujet a pris oneiros comme pseudo, vous l’aurez compris.

23rd septembre
2008
written by Donio

L’autre jour j’ai participé à un petit concours sur un site communautaire : il s’agissait d’écrire une deuxième suite aux aventures de Gérard Lambert, le héros maudit de Renaud. Les conditions étaient les suivantes (je recopie le texte du concours) :

-la rime
-une ambiance sordide
-les aventures de Lambert ont débutées en 1977, vous pouvez lui faire vivre ses aventures en 2008 ou à n’importe quelle date de votre choix
-faites lui rencontrer un personnage rappelant un conte de votre tendre enfance, tel le petit prince de mes deux, ou le petit chaperon rouge.
-vous êtes invités à ajouter une morale à votre chanson.

Voici ma bafouille, avec l’aide de Benoît qui m’a suggéré la « turne » pour que le rythme ne soit pas bousillé.

Il fait un peu brumeux dans les rues de Rungis,
Gérard Lambert s’sent mieux, avec son nouveau 8 6
Lui reste plus qu’à braquer la caisse d’un abruti,
Et il pourra partir faire le con à Paris.


Tiens voilà un allemand qui s’ramène en mercos,
Est-ce qu’il y pète les dents ? Ou lui met une bastos ?
Finalement il décide de le garder comme taxi,
Pour mieux jouer aux caïds comme dans les affranchis.


Manque de bol l’étranger n’connait pas la région,
Et il est trop flippé pour ne pas jouer au con.

Quand un gamin traverse pile en dehors des clous
Il emboutit la caisse et prend ses jambes à son cou
Laissant dans la voiture le Gérard étalé
Heureusement sans cassures, mais un p’tit peu sonné.


L’gamin vient l’réveiller, en y foutant des coups d’bottes
Et il s’met à piailler « vas y lèves toi mon pote »
« Mes frangins sont coincés dans la turn’ d’un géant,
Faut qu’tu m’aides à l’buter avant qu’il s’les mette sous la dent.
Toi t’as une tête de fou, tu éclatera c’gros con.
J’ai semé des cailloux pour r’trouver sa maison. »


Le Lambert est sympa, mais il faut pas pousser,
Il aime pas les p’tits gars qui voudraient en profiter
Il enferma l’gamin dans l’coffre de la bagnole.

Et reprit son chemin pour s’trouver un peu d’gnôle.


Faut pas frapper Gérard Lambert quand il n’est pas attaché,
C’est la morale de cette histoire, j’espère qu’vous la r’tiendrez.

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