Ma vie vous intéresse
L’autre jour je discutais au téléphone avec une amie qui me faisait part de la fin tragique de son appareil photo. J’ai bien évidemment compati à cette triste nouvelle, mais la suite de la conversation me plongeait dans la perplexité d’abord, puis finissait par m’alarmer : il était évident que mon amie était devenue accro à la photo ! C’est une addiction dont j’étais jusque là complètement ignorant, et dont je découvrais avec stupeur toute l’ampleur. J’ai donc décidé de me renseigner un peu, pour voir comment cela peut se développer, et comment on peut se retrouver photo-addict.
Il semblerait que bien souvent cela commence par une volonté de faire comme les grands : les enfants voient leurs parents prendre des photos et tentent à l’adolescence, souvent sous le regard énamouré et complice desdits parents de se mettre eux même à la photographie. Les essais sont souvent ratés, flous et/ou surexposés, mal cadrés, mais rien n’arrête ces artistes en herbe qui sentent à travers leurs objectifs souffler le vent de la liberté artistique et se sentent ainsi plus adultes. Et là où autrefois le prix de la pellicule incitait les parents à restreindre cette activité pour leurs enfants, le numérique a chamboulé les règles et détruit ces barrières qui empêchait d’être trop vite dépendant.
Pour ceux à qui les parents, sains, n’ont pas inoculé ce virus de la photographie, il y a encore beaucoup d’écueils à éviter pour ne pas tomber dans le piège : la pression sociale énorme chez les jeunes peut encore jouer, les photos se montrant d’autant plus facilement qu’elles sont échangées sans surveillance aucune sur le net. Les esprits fragiles peuvent développer, par jalousie, une envie terrible de se mettre à la photographie eux aussi. Et encore une fois la technologie ne vient pas à leur secours : de nombreux téléphones portables sont maintenant équipés de mauvais appareil photo qui, malgré la pauvreté de l’image produite, servent souvent de passerelle vers une forme plus dure d’addiction, et accélèrent encore la diffusion par le biais pervers du MMS.
Derniers grands pièges : les voyages organisés et les randonnées : dans l’un comme dans l’autre cas le sujet sain est soumis à une énorme pression de la part de tous ceux autour de lui qui vont chercher à le convaincre qu’il n’appréciera pas son voyage et que les paysages ne trouveront aucune grâce à ses yeux s’il n’a pas de quoi immortaliser son incompétence à rendre l’âme et l’essence d’un endroit par une image prise à la va-vite. Comment apprécier la majesté des pyramides si on n’en a pas une image 14×25cm ? Comment se souvenir des couleurs de l’Irlande si on n’en a pas une reproduction en contre-jour et mal contrastée ? Comment rendre ce sentiment de bien être au passage d’un col si on n’a pas une photo de nuages ? Devant de tels arguments, plus d’un homme sensé a déjà rendu les armes et sacrifié son ressenti devant la toute-puissance de l’image, puis sombré dans la dépravation iconographique.
Alors bien sûr, il y a des gens qui arrivent à cantonner leurs pulsions photographiques à des occasions bien précises, à se limiter à quelques photos par-ci par là, mais combien voit-on désormais de photographes compulsifs, toujours leur appareil à la main, ne voyant le monde qu’à travers leur objectif ? Combien de japonais ne savent plus à quoi ressemble le visage de leur conjoint depuis le temps qu’il n’a plus émergé de derrière son extension numérique ?
Non, une fois qu’on a gouté à la photographie, on ne décroche pas si facilement que ça… J’ai vu des gens se persuader qu’ils pouvaient se contenter de ralentir le rythme et échouer. Ca va toujours doucement : on se persuade qu’on peut se contenter d’une ou deux photos, on tire un ou deux clichés sur l’appareil d’un copain, on s’autorise quelques prises en soirée parce que les copains le font, on ne prendrait pas de photo seul, oh ça non, et puis au final… on rechute.
Devant l’ampleur de ce mal qui ronge le monde, on se demande ce que font les autorités ; il y a tant à faire en termes de prévention, accompagnement des dépendants, législation pour réduire la prolifération des appareils et des images sur internet… Et pourtant ils nient le problème ! Mais je comprends bien qu’il s’agit là du cynisme dont font habituellement preuve nos dirigeants dans ce genre de situations : les gens sont trop peu sensibilisés à ce problème, et les diverses taxes sur le matériel rapportent trop au gouvernement pour que celui-ci prenne le risque d’agir. C’est donc à nous les citoyens de dire stop au fléau et de nous faire entendre pour qu’enfin des mesures soient prises et que l’addiction à la photo soit considérée comme une vraie maladie.
Encore aujourd’hui, je me suis heurté sur mon lieu de travail à une évidence douloureuse quand on a un estomac en souffrance : les toilettes des hommes ont une tendance malheureuse à se salir dramatiquement les jours où ça tombe mal. Ceci dit quand on voit l’étendue des dégâts et l’application que le bougre de sagouin qui est passé avant a mis à arroser absolument tout le pourtour de la lunette, on est en droit de se poser des questions sur ce qui a pu l’amener à ce désastre. J’en vois en tous cas trois qu’il me semble assez indispensable de poser.
D’abord : mais pourquoi n’utilise-t-il pas les urinoirs disposés à cet effet ? C’est vrai : dans les toilettes de mon entreprise, et mon expérience en la matière me laisse supposer que c’est pareil dans pas mal d’autres endroits, on a autant d’urinoirs que de cabines fermées. En l’occurrence, dans celles que je fréquente le plus souvent, deux urinoirs et deux cabines. Étant donné que quand j’y vais je me retrouve presque toujours seul dans la pièce (et encore plus dans la cabine, mais c’est une autre histoire), j’ai du mal à imaginer qu’une surpopulation du lieu puisse être la raison qui pousse des gens venus simplement uriner à s’enfermer au verrou derrière une porte.
Il doit donc s’agir d’une certaine forme de honte ; peut être ne veut-il pas être hué par les autres occupants du lieu : « Oh la latche ! Le mec il pisse eh ! Haha ! Bouuuuuh ! » Venant d’autres personnes en train d’uriner, avouez que ça serait malvenu… Il nous faut donc rejeter cette hypothèse, à moins de considérer notre cobaye comme très idiot en plus d’être particulièrement malpropre.
Possibilité suivante, le type a vraiment très très peur que, coincé qu’il est entre deux murs et une planche de bois, tournant le dos à la seule ouverture, les deux mains en coupe autour de son pénis, quelqu’un puisse malencontreusement voir un minuscule bout de peau de la honteuse excroissance. Il est vrai que laisser un autre homme voir la moindre parcelle de son pénis serait sans doute la prémisse d’un engrenage sans fin. Peut être sur le centimètre carré entraperçu, l’autre mâle pourrait-il supputer de la taille du reste, et lancer une compétition féroce du plus gros pénis ou de celui qui pisse le plus loin ? L’ordinateur nous en garde ! Ceci dit, ce serait faire preuve que de bien peu de réactivité que de se laisser abattre ainsi : quand on tombe sur un gamin prépubère qui s’amuse encore de voir des poils aux couilles des autres, une remarque à caractère homophobe bien sentie suffit généralement à renvoyer le moqueur dans ses buts et épargne de longues interrogations sur l’annonce pour agrandir son pénis qu’on choisira parmi le florilège proposé sur internet.
Tout ceci n’est pas raisonnable, je vais donc m’appuyer sur mon expérience pour tenter de trouver une explication enfin satisfaisante. Je sais que la seule chose qui m’embête dans les urinoirs, c’est qu’en l’absence du papier pour s’essuyer qu’on trouve en cabine, il est extrêmement pénible de se débarrasser de la dernière goutte de pisse (la fameuse « goutte pour le slip »). On en déduit donc que notre ami arroseur va s’enfermer pour s’essuyer, son geste serait donc motivé par la propreté. Donc notre gros dégueulasse est propre ?!? J’y perds mon latin…
Admettons donc que notre ami va dans les toilettes fermées pour une bonne raison, raison que je ne connais pas. Mais pourquoi ce foutu porc ne s’assoit-il pas ? Vrai, si on suppose que tout le monde est propre dans ces toilettes, on n’a rien à craindre à s’assoir. Et enfin, quel meilleur moyen d’éviter d’en mettre partout ? Vous avez déjà vu une fille pisser à côté vous ? Bah non, les filles s’assoient et elles n’en mettent pas une goutte sur la lunette. S’il est vrai qu’un « accident » peut arriver à tout le monde debout, allez tenter de justifier ça quand vous avec une cible sensiblement plus large que votre petit tuyau (ou gros tuyau, mais s’il est plus large que la cuvette des chiottes vous ne devez pas le sortir souvent).
Alors bon, là c’est plus facile de répondre quand même : quand on est assez sale pour arriver à arroser toute la lunette de façon presque homogène, on n’a sans doute aucune difficulté à imaginer que les autres puissent en faire autant : si un menteur soupçonne les autres de mentir, et un tricheur les autres de tricher, un cochon soupçonne certainement les autres de cochonner. Quelque part il n’a pas tort…
Mettons donc qu’il ne s’assoie pas quand il est dans des toilettes publiques, finalement on préfère salir chez les autres que chez soi même… Mais alors pourquoi ne relève-t-il pas la lunette ?!? Challenge ? Volonté d’une cible réduite pour éprouver sa dextérité ? Ou pour donner une impression visuelle de plus grande taille à son viseur ? Incapacité à comprendre l’utilisation de la lunette ? Ou une forme de revendication sociale peut-être : « Je ne fais pas popo au boulot, alors vous non plus, haha ! » ? Peut être même plus aboutie : « Bossez, feignasses, au lieu de chier ! » ? Ou tout simplement c’est un myope et il ne peut pas pisser sans lunettes…
Je crois que je ne le saurai jamais, mais à la limite je préfère ne pas savoir, j’ai peur d’être déçu…
