Ma vie vous intéresse

29th juillet
2010
written by Donio

Quand j’avais dans les 8 ans, on m’avait emmené au cinéma voir Moby Dick. J’avais beaucoup aimé cette histoire, la poursuite vaine et destructrice de cette baleine blanche, la passion du capitaine Achab à finir ce qu’il avait commencé… Mais les enseignements de cette histoire m’étaient un peu passé au dessus ; j’étais trop jeune pour pouvoir comprendre toute la portée de ce film, et au-delà du livre.

Plus tard, comme tout le monde à cette époque, j’ai regardé les films du commandant Cousteau. On m’y a présenté les baleines sous un jour plus avenant : elles y paraissaient gentilles, joueuses, et surtout placides. Les gens s’amusaient avec, elles soulevaient leur queue hors de l’eau pour épater les caméramans… Des queues qui auraient pu abattre le navire comme une vulgaire coquille de noix, mais qui ne le faisaient pas… Pas encore du moins…

Malgré les vives protestations d’Achab qui me rappelait qu’on ne peut pas faire confiance à une baleine, malgré Jonas qui me criait de me méfier d’un animal qui peut vous gober comme vous gobez une olive (c’est-à-dire en vous étouffant ; il vaut mieux croquer l’olive pour enlever le noyau,) je croyais à cette propagande écolo bien pensante. J’aurais mieux fait de les écouter plutôt que de me laisser embobiner par les mensonges de ce type au bonnet rouge…

Parce qu’en sus de l’histoire qui ne plaidait pas leur cause, les baleines ont quand même tout des gangs de délinquants qui agressent pour le simple plaisir d’être désagréables. On peut faire amende honorable et se ranger, laisser l’histoire derrière soi… Mais garder son nom de bande, c’est qu’on est toujours actif dans la délinquance.

Tenez, la baleine « à bosses », d’où croyez-vous qu’elle tienne son nom ? Hein ? Elle et sa copine la baleine « bleue » sont les deux cogneuses du groupe. Bleus et bosses, comme c’est mignon… Tout un programme quand on les croise… Et on s’étonne après que les autres les évitent.

Mais encore, ces deux là sont des rigolotes quand on les compare à l’orque aussi appelé… baleine tueuse. Là, pas besoin de vous faire un dessin : c’est l’exécuteur du groupe. Elle finit les sales affaires, évite que des témoins gênants viennent ensuite raconter ce qu’ils ont vu, et s’occupent aussi de purges chez les populations de phoques et de lions de mer, dont l’immigration massive est mal vue par les baleines.

Et puis que dire de la baleine blanche ? Avant même qu’Achab l’ouvre de nouveau, notez comme ce blanc est suspect dans la mer. Doit-il évoquer la pureté ? C’est trop flagrant… Non, la baleine blanche est le dealer du groupe, elle fournit tout le monde en krill, et organise des trafics avec les dauphins qui leur servent de revendeurs. Tout ça pour le cerveau de la bande : la baleine grise.

Ce tableau est bien noir, mais vous pouvez penser naïvement que vous êtes à l’abri de ces terribles bandes qui sillonnent les mers et y sèment la pagaïe pour leur seul profit… Mais c’est sans compter sur les plus vicieuses des baleines : les baleines de parasol. Je l’ai appris à mes dépends, les baleines de parasol sont fourbes, vicieuses, et agressives. Ouvrez un parasol sans faire attention, et vous pourriez vous retrouver borgne comme ça a failli m’arriver. Et alors, sur le chemin des urgences, vous verrez enfin clair (quoique d’un seul œil) dans cette histoire de Moby Dick, vous comprendrez enfin la morale : c’est que les baleines sont vraiment des salopes et qu’on devrait toutes les crever.

31st mars
2009
written by Donio

L’autre jour je discutais au téléphone avec une amie qui me faisait part de la fin tragique de son appareil photo. J’ai bien évidemment compati à cette triste nouvelle, mais la suite de la conversation me plongeait dans la perplexité d’abord, puis finissait par m’alarmer : il était évident que mon amie était devenue accro à la photo ! C’est une addiction dont j’étais jusque là complètement ignorant, et dont je découvrais avec stupeur toute l’ampleur. J’ai donc décidé de me renseigner un peu, pour voir comment cela peut se développer, et comment on peut se retrouver photo-addict.

Il semblerait que bien souvent cela commence par une volonté de faire comme les grands : les enfants voient leurs parents prendre des photos et tentent à l’adolescence, souvent sous le regard énamouré et complice desdits parents de se mettre eux même à la photographie. Les essais sont souvent ratés, flous et/ou surexposés, mal cadrés, mais rien n’arrête ces artistes en herbe qui sentent à travers leurs objectifs souffler le vent de la liberté artistique et se sentent ainsi plus adultes. Et là où autrefois le prix de la pellicule incitait les parents à restreindre cette activité pour leurs enfants, le numérique a chamboulé les règles et détruit ces barrières qui empêchait d’être trop vite dépendant.

Pour ceux à qui les parents, sains, n’ont pas inoculé ce virus de la photographie, il y a encore beaucoup d’écueils à éviter pour ne pas tomber dans le piège : la pression sociale énorme chez les jeunes peut encore jouer, les photos se montrant d’autant plus facilement qu’elles sont échangées sans surveillance aucune sur le net. Les esprits fragiles peuvent développer, par jalousie, une envie terrible de se mettre à la photographie eux aussi. Et encore une fois la technologie ne vient pas à leur secours : de nombreux téléphones portables sont maintenant équipés de mauvais appareil photo qui, malgré la pauvreté de l’image produite, servent souvent de passerelle vers une forme plus dure d’addiction, et accélèrent encore la diffusion par le biais pervers du MMS.

Derniers grands pièges : les voyages organisés et les randonnées : dans l’un comme dans l’autre cas le sujet sain est soumis à une énorme pression de la part de tous ceux autour de lui qui vont chercher à le convaincre qu’il n’appréciera pas son voyage et que les paysages ne trouveront aucune grâce à ses yeux s’il n’a pas de quoi immortaliser son incompétence à rendre l’âme et l’essence d’un endroit par une image prise à la va-vite. Comment apprécier la majesté des pyramides si on n’en a pas une image 14×25cm ? Comment se souvenir des couleurs de l’Irlande si on n’en a pas une reproduction en contre-jour et mal contrastée ? Comment rendre ce sentiment de bien être au passage d’un col si on n’a pas une photo de nuages ? Devant de tels arguments, plus d’un homme sensé a déjà rendu les armes et sacrifié son ressenti devant la toute-puissance de l’image, puis sombré dans la dépravation iconographique.

Alors bien sûr, il y a des gens qui arrivent à cantonner leurs pulsions photographiques à des occasions bien précises, à se limiter à quelques photos par-ci par là, mais combien voit-on désormais de photographes compulsifs, toujours leur appareil à la main, ne voyant le monde qu’à travers leur objectif ? Combien de japonais ne savent plus à quoi ressemble le visage de leur conjoint depuis le temps qu’il n’a plus émergé de derrière son extension numérique ?

Non, une fois qu’on a gouté à la photographie, on ne décroche pas si facilement que ça… J’ai vu des gens se persuader qu’ils pouvaient se contenter de ralentir le rythme et échouer. Ca va toujours doucement : on se persuade qu’on peut se contenter d’une ou deux photos, on tire un ou deux clichés sur l’appareil d’un copain, on s’autorise quelques prises en soirée parce que les copains le font, on ne prendrait pas de photo seul, oh ça non, et puis au final… on rechute.

Devant l’ampleur de ce mal qui ronge le monde, on se demande ce que font les autorités ; il y a tant à faire en termes de prévention, accompagnement des dépendants, législation pour réduire la prolifération des appareils et des images sur internet… Et pourtant ils nient le problème ! Mais je comprends bien qu’il s’agit là du cynisme dont font habituellement preuve nos dirigeants dans ce genre de situations : les gens sont trop peu sensibilisés à ce problème, et les diverses taxes sur le matériel rapportent trop au gouvernement pour que celui-ci prenne le risque d’agir. C’est donc à nous les citoyens de dire stop au fléau et de nous faire entendre pour qu’enfin des mesures soient prises et que l’addiction à la photo soit considérée comme une vraie maladie.

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