Ma vie vous intéresse
Encore aujourd’hui, je me suis heurté sur mon lieu de travail à une évidence douloureuse quand on a un estomac en souffrance : les toilettes des hommes ont une tendance malheureuse à se salir dramatiquement les jours où ça tombe mal. Ceci dit quand on voit l’étendue des dégâts et l’application que le bougre de sagouin qui est passé avant a mis à arroser absolument tout le pourtour de la lunette, on est en droit de se poser des questions sur ce qui a pu l’amener à ce désastre. J’en vois en tous cas trois qu’il me semble assez indispensable de poser.
D’abord : mais pourquoi n’utilise-t-il pas les urinoirs disposés à cet effet ? C’est vrai : dans les toilettes de mon entreprise, et mon expérience en la matière me laisse supposer que c’est pareil dans pas mal d’autres endroits, on a autant d’urinoirs que de cabines fermées. En l’occurrence, dans celles que je fréquente le plus souvent, deux urinoirs et deux cabines. Étant donné que quand j’y vais je me retrouve presque toujours seul dans la pièce (et encore plus dans la cabine, mais c’est une autre histoire), j’ai du mal à imaginer qu’une surpopulation du lieu puisse être la raison qui pousse des gens venus simplement uriner à s’enfermer au verrou derrière une porte.
Il doit donc s’agir d’une certaine forme de honte ; peut être ne veut-il pas être hué par les autres occupants du lieu : « Oh la latche ! Le mec il pisse eh ! Haha ! Bouuuuuh ! » Venant d’autres personnes en train d’uriner, avouez que ça serait malvenu… Il nous faut donc rejeter cette hypothèse, à moins de considérer notre cobaye comme très idiot en plus d’être particulièrement malpropre.
Possibilité suivante, le type a vraiment très très peur que, coincé qu’il est entre deux murs et une planche de bois, tournant le dos à la seule ouverture, les deux mains en coupe autour de son pénis, quelqu’un puisse malencontreusement voir un minuscule bout de peau de la honteuse excroissance. Il est vrai que laisser un autre homme voir la moindre parcelle de son pénis serait sans doute la prémisse d’un engrenage sans fin. Peut être sur le centimètre carré entraperçu, l’autre mâle pourrait-il supputer de la taille du reste, et lancer une compétition féroce du plus gros pénis ou de celui qui pisse le plus loin ? L’ordinateur nous en garde ! Ceci dit, ce serait faire preuve que de bien peu de réactivité que de se laisser abattre ainsi : quand on tombe sur un gamin prépubère qui s’amuse encore de voir des poils aux couilles des autres, une remarque à caractère homophobe bien sentie suffit généralement à renvoyer le moqueur dans ses buts et épargne de longues interrogations sur l’annonce pour agrandir son pénis qu’on choisira parmi le florilège proposé sur internet.
Tout ceci n’est pas raisonnable, je vais donc m’appuyer sur mon expérience pour tenter de trouver une explication enfin satisfaisante. Je sais que la seule chose qui m’embête dans les urinoirs, c’est qu’en l’absence du papier pour s’essuyer qu’on trouve en cabine, il est extrêmement pénible de se débarrasser de la dernière goutte de pisse (la fameuse « goutte pour le slip »). On en déduit donc que notre ami arroseur va s’enfermer pour s’essuyer, son geste serait donc motivé par la propreté. Donc notre gros dégueulasse est propre ?!? J’y perds mon latin…
Admettons donc que notre ami va dans les toilettes fermées pour une bonne raison, raison que je ne connais pas. Mais pourquoi ce foutu porc ne s’assoit-il pas ? Vrai, si on suppose que tout le monde est propre dans ces toilettes, on n’a rien à craindre à s’assoir. Et enfin, quel meilleur moyen d’éviter d’en mettre partout ? Vous avez déjà vu une fille pisser à côté vous ? Bah non, les filles s’assoient et elles n’en mettent pas une goutte sur la lunette. S’il est vrai qu’un « accident » peut arriver à tout le monde debout, allez tenter de justifier ça quand vous avec une cible sensiblement plus large que votre petit tuyau (ou gros tuyau, mais s’il est plus large que la cuvette des chiottes vous ne devez pas le sortir souvent).
Alors bon, là c’est plus facile de répondre quand même : quand on est assez sale pour arriver à arroser toute la lunette de façon presque homogène, on n’a sans doute aucune difficulté à imaginer que les autres puissent en faire autant : si un menteur soupçonne les autres de mentir, et un tricheur les autres de tricher, un cochon soupçonne certainement les autres de cochonner. Quelque part il n’a pas tort…
Mettons donc qu’il ne s’assoie pas quand il est dans des toilettes publiques, finalement on préfère salir chez les autres que chez soi même… Mais alors pourquoi ne relève-t-il pas la lunette ?!? Challenge ? Volonté d’une cible réduite pour éprouver sa dextérité ? Ou pour donner une impression visuelle de plus grande taille à son viseur ? Incapacité à comprendre l’utilisation de la lunette ? Ou une forme de revendication sociale peut-être : « Je ne fais pas popo au boulot, alors vous non plus, haha ! » ? Peut être même plus aboutie : « Bossez, feignasses, au lieu de chier ! » ? Ou tout simplement c’est un myope et il ne peut pas pisser sans lunettes…
Je crois que je ne le saurai jamais, mais à la limite je préfère ne pas savoir, j’ai peur d’être déçu…
C’est un cliché qui a la vie dure : les filles sont les ennemies de la saleté et du bordel, et c’est pour ça qu’elles sont toujours les premières à craquer et à faire le ménage. C’est bien pratique pour leurs copains qui peuvent faire semblant de rien pendant qu’elles rangent, nettoient, frottent, astiquent, font briller, désinfectent… Il ne nous reste qu’à descendre les poubelles pour faire semblant d’avoir participé, et hop le tour est joué.
Du coup, moi je me demande s’il n’y a pas eu erreur à la livraison, je suis content du modèle que j’ai, mais certaines fonctionnalités semblent manquer. Oh, pas la bonne volonté, ça non ! Par exemple, il suffit que je note que depuis trois semaines nous nageons dans les pelures de tong (je vous ai déjà parlé de son chat qui se fait les griffes sur des tongs en mousse ? Ca protège les fauteuils, mais quel bordel ça fout…) et que je sorte l’aspirateur, pour qu’aussitôt elle me l’arrache des mains en poussant des grands cris, en me disant qu’elle va s’en charger, qu’il suffisait de le lui dire, que je n’ai qu’à rester tranquillement assis. Jusque là, à part le fait que j’ai besoin de signaler un bordel pourtant évident, tout va bien, et il serait malvenu de se plaindre. Le truc c’est que quand je jette un oeil ensuite, je constate qu’il reste encore des pelures de tong dans le salon, des cheveux dans la salle de bain et que la cuisine a mystérieusement échappé à l’aspirateur.
Alors bon, vous me direz que je fais la fine bouche. Certes. Mais c’est un problème qui se retrouve souvent : les éponges sont toujours poisseuses quand je veux m’en servir, la vaisselle est posée en vrac, de la façon la moins ergonomique possible et de façon à rendre la vaisselle aussi difficile qu’il se peut, des portions de repas se cachent dans les assiettes du bas de la pile, insidieusement collées à l’assiette qui les couvre pour retomber vicieusement sur le sol quand on les déplace pour les laver, des verres n’ayant contenu que de l’eau baignent dans l’eau grasse qui sert à faire tremper les poeles…
Donc parfois, je me dis que je me suis fait avoir quand même… Et puis parfois j’ai besoin d’une nouvelle étagère dans ma cuisine, et je me souviens soudainement que je n’ai jamais posé une étagère de ma vie. Et là tout s’illumine : la gima est livrée avec sa trousse à outils intégrée, perceuse avec percuteur, chevilles (qui enflent), tournevis, et hargne de roquet quand on s’approche de son chantier. En fait je sors avec un mec, il suffisait de le savoir. Du coup je comprend mieux pourquoi c’est moi qui récure les chiottes.

