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Alors que se tient cette année la coupe du monde de football en Afrique du Sud, il est temps de lever un peu le voile sur un aspect souvent méprisé de ce sport : le supportisme. Le supportisme est le sport pratiqué par les supporters. Le nom « supporter » vient du japonais « suppoleuteule » qui signifie « sportif ». On pense ce terme inspiré de l’anglais ; les lexicologues penchent pour une japonisation de « sporter », dérivé de sport. Les japonais parlent parfois aussi bien anglais que moi japonais. Quand au choix d’un vocable japonais pour désigner cette discipline, il semblerait que ça soit du à un fort attachement des pratiquants à Toyota, autant pour son rôle de sponsor de nombreux clubs concurrents que pour l’image véhiculée d’une marque qui fonce toujours pied au plancher. Car un supporter ne se laisse arrêter par rien.
Comme on le voit, le supporter a la prétention de faire du sport, ce qui est en complète contradiction avec l’image qu’en renvoient traditionnellement les médias. On a bien sûr tous en tête l’image du veau affalé devant sa télé, bière à la main et chips à portée de main sur la table basse, en partie dans un bol posé là à cet effet, en partie répandues en miettes par les postillons accompagnant les éructations lors des actions un peu plus mouvementées que la moyenne ou lors des décisions forcément iniques de l’arbitre. Cette image est fausse, du moins du point de vue d’un vrai supporter.
Déjà le vrai supporter ne regarde pas les matches à la télé : il y assistera sur place. Mais avant ça, chaque match est un évènement qui se prépare par des entrainements en cours de semaine, un briefing tactique avec le chef du groupe, et une préparation du matériel qui sera utilisé pendant le match. Cette préparation est essentielle pour bien appréhender le début du match et partir dans un bon rythme. Car au football comme dans la vraie vie, ce sont les gens les moins bien payés qui en font le plus, et contrairement aux joueurs qui touchent plus d’argent que de ballons, les supporters ont un rôle décisif dans le match ; la responsabilité de la victoire comme de la défaite leur revient, quoique pour la défaite les joueurs, l’entraineur et le président du club portent une part non négligeable de la faute.
Après une défaite, le supporter doit encore travailler, et dans une logique de remise en question il reprend tout de suite le travail physique, sans doute dans une sorte de décrassage qui permettra de bien préparer la prochaine rencontre. Dans les faits, bien souvent il court, soulève des barrières et des voitures, casse des vitrines (ce qui demande beaucoup plus d’efforts qu’on ne croit), et peut même aller jusqu’à prouver sa force en s’attaquant à des bus ou des rames de TGV. Enfin rassuré sur sa capacité à tenir le coup, il peut préparer le prochain match.
Il est bien évidemment plus facile pour des supporters de jouer à domicile : non seulement ils connaissent mieux le terrain (et surtout les gradins), mais surtout ils peuvent plus facilement développer la logistique particulière à un match de supporters de foot. De plus, il est évident que dans une compétition où il s’agit de railler subtilement l’adversaire – souvent en mettant en cause sa virilité ou bien en évoquant des situations incongrues mettant en cause leur ascendance dans des endroits censés être représentatifs du lieu d’origine des supporters adverses (1) – l’avantage numérique conféré par le fait de jouer dans sa ville est toujours un plus appréciable.
Des tentatives nombreuses ont été faites par les vrais supporters d’attirer un peu de lumière vers leur travail de fond, afin que leurs efforts soient enfin reconnus et qu’une fédération encadrée par le ministre des sports et de la jeunesse puisse voir le jour. Mais malgré une obstination louable, ils ne sont que trop rarement remarqués par les arbitres, trop occupés à regarder ces paresseux de joueurs pour vraiment chercher à compter les points dans les tribunes. Les arbitres sont malgré tout obligés parfois d’intervenir lorsqu’une infraction au règlement est observée : lancement de fumigènes, intrusion dans le camp des supporters adverses (aussi appelée passage en zone), lancement de projectiles sur la pelouse (qui est hors-jeu pour les supporters)… Les supporters marquent alors généralement leur joie d’avoir été remarqués par des messages d’encouragement à l’arbitre et des conseils de santé (2).
Ceci dit, cette relative indifférence rend assez difficile le départage des supporters lors des grandes confrontations et a toujours nui aux tentatives d’organiser des coupes du monde des supporters, leurs résultats étant occultés par ceux des matches. Mais dans le triste monde où nous vivons, seuls les riches décident des résultats, qui va s’inquiéter des efforts de ces travailleurs de l’ombre tant qu’ils continuent de payer leurs places pour les matches ?
(1) Par exemple, on répondra un gouailleur « Marseillais, nique ta mère sur la Cannebière ! » à l’inénarrable « Paris, on t’encule ! »
(2) La formule la plus courante est « Aux chiottes l’arbitre ! », version colorée du traditionnel « Ca va ? »
Il était une fois trois petits cochons qui vivaient à la campagne et portaient en permanence un chaperon rouge, tant et si bien que les 5 autres habitants de leur lieu-dit les appelaient tous les trois petits cochons au chaperon rouge. Ils avaient eu bien des problèmes par le passé à cause de la propension des plus jeunes frères à construire des maisons dans des matériaux inadaptés au bâtiment et aux fondations peu solides. Heureusement pour eux, leur grand frère avait fait quelques études en maçonnerie et avait pu construire la maison en briques dans laquelle ils vivaient.
Inquiets cependant de la recrudescence de loups dans leur région depuis les tentatives de réintroduction de l’espèce dans les Alpes (on en avait vu un à moins de 150 km de là), ils décidèrent d’investir dans un appartement à Paris, le dernier endroit où ils s’attendaient à voir le loup revenir. Justement, leur grand-mère un peu gâteuse avait besoin qu’on prenne soin d’elle et leur avait proposé de revendre son ancien appartement place de l’Etoile pour qu’ils s’installent tous ensemble. Ils se rendirent donc à Nation munis chacun d’un petit pot de beurre (qu’ils espéraient vendre à prix d’or aux crémiers de la capitale) et de la galette (1). Ils prirent donc rendez-vous chez un agent immobilier du côté de Nation, peu après l’heure prévue de la fin de la manif pour le droit des salons de l’agriculture à être inaugurés par le président lui-même.
Une fois la manifestation finie et après avoir bu un coup avec leurs potes salons de l’agriculture, les trois petits cochons au chaperon rouge allèrent à leur rendez-vous avec l’agent immobilier, qui se montra très intéressé : « j’ai justement une question qui me taraude depuis toujours : des nombreuses lignes de métro qui relient Nation à Charles de Gaulle – Étoile, laquelle est la plus rapide ? Donnez moi l’adresse de votre grand-mère et le digicode de la porte d’en bas, et retrouvons nous chez elle, nous saurons ainsi quelle ligne est la plus rapide des métros 1, 2 et 6 ou du RER A. Je prendrai le RER A, vous les métros. Là bas nous visiterons l’appartement de votre grand-mère pour discuter de son prix de vente. »
L’agent immobilier savait bien sûr pertinemment que le RER allait plus vite, une fois sur place il se précipita devant l’immeuble, composa le digicode, et sonna à l’interphone. La grand-mère lui répondit :
- Oui ?
- Bonjour grand-mère, je suis les trois petits cochons au chaperon rouge, je viens t’apporter… euh… t’aider à revendre ton appartement.
- Je t’ouvre mon enfant, deuxième étage porte de gauche, j’ai laissé la porte ouverte pour le livreur du supermarché et pour le facteur.
Une fois dans l’appartement, l’agent eut tout loisir de faire signer à la grand-mère un contrat de vente de son appartement à son nom pour la somme de 300€ (2). Mais comme il savait qu’elle avait cédé une partie de son bien à ses petits-enfants, il lui fallait extorquer des signatures aussi aux trois petits cochons au chaperon rouge. Il enferma donc la grand-mère dans le placard avec une pomme dans la bouche pour l’empêcher de parler et prit ses vêtements de façon à lui ressembler (3).
Le benjamin des petits cochons, sortant du métro 1, arrivait alors. Il vint devant l’immeuble, composa le digicode, et sonna à l’interphone. L’agent déguisé, contrefaisant sa voix, lui répondit :
- Oui ?
- Bonjour grand-mère, je suis un des trois petits cochons au chaperon rouge, je viens t’aider à revendre ton appartement.
- Je t’ouvre mon enfant, deuxième étage porte de gauche, j’ai laissé la porte ouverte pour le livreur du supermarché et pour le facteur.
Le petit cochon monta, et fut surpris par l’aspect de sa grand-mère.
- Oh, mère-grand, comme tu as de grandes lunettes !
- C’est pour mieux te voir mon enfant.
- Oh, mère-grand, comme tu as de grands doigts !
- C’est pour mieux écrire à ta place « lu et approuvé » sur ce contrat de vente de l’appartement à mon nom.
- Oh mère-grand, comme tu as de grandes idées !
- Ta gueule et signe !
Le petit cochon signa un peu vite avant de réaliser son erreur. Quand l’agent se jeta sur lui, il réalisa soudain qu’on le mettait sur la paille, mais il ne put pas se débattre assez d’énergie pour éviter d’être enfermé dans le placard avec sa grand-mère, un bandeau sur les yeux pour ne pas qu’il voie ce qui arriverait ensuite.
Le cadet des petits cochons, sortant du métro 6, arrivait alors. Il vint devant l’immeuble, composa le digicode, et sonna à l’interphone. L’agent déguisé, contrefaisant sa voix, lui répondit :
- Oui ?
- Bonjour grand-mère, je suis un des trois petits cochons au chaperon rouge, je viens t’aider à revendre ton appartement.
- Je t’ouvre mon enfant, deuxième étage porte de gauche, j’ai laissé la porte ouverte pour le livreur du supermarché et pour le facteur.
Le petit cochon monta, et fut étonné par l’aspect de sa grand-mère.
- Oh, mère-grand, comme tu as de grandes dents !
- C’est pour mieux préparer mon avenir mon enfant.
- Oh, mère-grand, comme tu as de grandes jambes !
- C’est pour courir à la rencontre des pigeons qui vont faire ma fortune, mon enfant.
- Oh mère-grand, comme tu as de grands cheveux !
- Et de grands projets d’avenir aussi, mais pour ça il faudrait que tu signes là !
Le petit cochon signa sans rien remarquer, puis le jour se fit dans son esprit : l’agent l’avait bien roulé ! Il fit alors feu de tout bois, mais il était trop tard : il rejoint son frère et sa grand-mère dans le placard, attaché comme eux et avec du persil dans les oreilles pour ne pas avoir à entendre ce qui arriverait ensuite.
L’aîné des petits cochons, sortant du métro 2, arrivait enfin. Il faut dire que si ce métro est particulièrement lent de base, il s’était tellement ennuyé pendant le trajet qu’il avait même fini par s’endormir et rater sa sortie, ne se réveillant qu’à Porte Dauphine, ce qui lui avait fait perdre encore plus de temps. Il vint devant l’immeuble, composa le digicode, et sonna à l’interphone. L’agent déguisé, contrefaisant sa voix, lui répondit :
- Oui ?
- Bonjour grand-mère, je suis un des trois petits cochons au chaperon rouge, je viens t’aider à revendre ton appartement.
- Je t’ouvre mon enfant, deuxième étage porte de gauche, j’ai laissé la porte ouverte pour le livreur du supermarché et pour le facteur.
Le petit cochon monta, mais ne fut pas surpris par l’aspect de sa grand-mère : il avait eu le temps de réfléchir pendant son long trajet en métro, et il connaissait de plus les horaires des facteurs, il savait donc que cette porte ouverte était un piège. Il joua malgré tout le jeu.
- Oh, mère-grand, comme tu as de petite oreilles !
- C’est pour mieux… Euh… C’est qu’on a l’audition qui baisse à mon âge mon enfant.
- Oh, mère-grand, comme tu as de petits sabots !
- C’est pour mieux rouler ceux qui ne me voient pas venir.
- Oh mère-grand, comme tu as de grandes allumettes !
- Hein ?
Les ruses de l’agent s’étaient heurtées à un mur de brique. Le petit cochon au chaperon rouge craqua une allumette et la jeta dans le tas de journaux étalés devant le canapé. Il profita de ce que l’agent était empêtré dans les vêtements de sa grand-mère pour filer dehors et bloquer la porte, puis il sortit hurler « Au meurtre ! Un agent immobilier essaye de tuer ma grand-mère et mes frères ! ». Avec l’argent de l’assurance incendie et l’héritage de sa grand-mère qu’il n’eut pas besoin de partager en trois, le petit cochon au chaperon rouge pu s’acheter un grand appartement pour lui tout seul et inviter toutes ses copines à faire la fête chez lui. Il vécut heureux jusqu’à la fin de ses jours, à l’exception peut-être de la dernière heure un peu douloureuse à l’abattoir, mais c’est une autre histoire.
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(1) comprendre l’argent du beurre déjà vendu précédemment.
(2) les cochons de la vieille époque ne savaient pas bien compter, il était facile de les arnaquer
(3) cet agent immobilier ne remplissait pas les critères humains de beauté, mais faisait une truie très acceptable avec quelques arrangements
